Les clefs de succès de la Santé et Sécurité au Travail (SST)

26/04/2017 10:03

La SST : un outil de pilotage de l’activité

 

Il est des sujets un peu moins « Wonder » que d’autres… au premier abord seulement !  

A l’occasion de la Journée mondiale pour la Santé et Sécurité au Travail (SST) qui se tient le 28 avril, nous avons eu envie de vous parler de la prévention des risques professionnels dans le secteur agroalimentaire. Alors, effectivement, quand on parle de risques professionnels, c’est un peu comme quand on lit la notice d’un médicament…Mais rassurez-vous, nous sommes chez Wonderfoodjob, donc nous nous concentrerons plutôt sur les leviers d’amélioration de la SST !

Plus de 10 millions de journées de travail ont été perdues en 2015 dans l’agroalimentaire du fait d’accidents du travail ou de trajets ainsi que de maladies professionnelles. Sans parler des arrêts de travail non comptabilisés dans ce chiffre et qui peuvent cacher des risques plus diffus… Dommages physiques et psychologiques, absentéisme, présentéisme, baisse de productivité, baisse d’engagement… en plus du coût humain certain, ces journées de travail perdues ont perturbé l’organisation des entreprises et joué sur leur performance.

A l’heure où le lien entre la Santé et Sécurité au Travail et la performance a maintes fois été démontré dans des études sur la prévention des risques professionnels, sur les conditions de travail ou la sur Qualité de Vie au Travail, il nous paraît intéressant de revenir sur les facteurs de succès des politiques de SST.

Pour ce faire, nous ferons tout d’abord un point sur les risques professionnels dans l’agroalimentaire. Nous nous intéresserons ensuite aux ressources et bonnes pratiques du secteur. Enfin, nous ferons un point sur les clefs de succès des politiques de SST à partir des échanges de la table ronde « Quels outils au service des RH pour promouvoir la santé au travail ? » organisée le 25 avril dernier par l’ANDRH, l’OIT et l’INRS.

 

Plus de 10 millions de journées de travail perdues dans l’agroalimentaire en 2015

Selon une étude publiée par la Direction des Risques Professionnels de la CNAM, l’Industrie de l’alimentation dotée de 2 365 791 salariés a enregistré en 2015 :

  • 110 340 accidents du travail, dont 101 077 avec 4 jours d’arrêts ou plus sur l’année
  • 15 341 accidents de trajets, dont 13 702 avec 4 jours d’arrêt maladie ou plus
  • 10 341 maladies professionnelles
  • 92 décès
  • 10 017 762 journées de travail perdues

L’étude ne détaille pas l’origine de ces sinistres et ne comptabilise pas non plus les arrêts de travail hors accidents de travail, de trajets ou maladies professionnelles. En d'autres termes, ces sinistres ne sont que la partie émergée de « l'iceberg des risques professionnels ».

 

Les risques professionnels les plus courants dans l’agroalimentaire

D’après l’INRS, après le BTP et les métiers du bois, les industries agroalimentaires sont l’un des secteurs d’activités occasionnant le plus d’accidents du travail et de maladies professionnelles. Les activités les plus à risque se trouvent dans la filière viande (notamment l’abattage, la découpe de bœuf), le commerce de gros de viande ou de poisson, ou à la fabrication industrielle du pain.

Nous avons listé ci-dessous quelques-uns des risques professionnels les plus couramment rencontrés dans l’agroalimentaire :

Les Troubles Musculo Squelettiques ou TMS. Ce sont des douleurs articulaires et musculaires occasionnées par exemple par une répétition de gestes, postures et  manutentions et/ou par une mauvaise ergonomie du poste de travail.

Les risques « corporels » : coupures, brûlures, chutes, glissades, perte de dextérité dû au travail dans le froid, accidents avec des machines, heurts, accidents de trajets …

Les risques biologiques : contamination par des bactéries, des virus, des allergènes, des champignons…

Les risques chimiques, du fait de l’utilisation de produits chimiques de nettoyage et désinfection…

Les Risques Psycho-Sociaux (RPS): il s’agit là de risques plus complexes, souvent liés les uns aux autres et se situant à la croisée de l’individu et de la situation de travail. Parmi ces risques, sont souvent évoqués :

  • Le stress aigu ou chronique. Le stress est une situation provoquée par le sentiment d’un individu, de ne pas avoir les ressources nécessaires pour pouvoir mener à bien une tâche et de devoir compenser le manque de temps, de connaissances, de moyens par une dépense d’énergie supplémentaire de sa part, mettant son esprit et son corps dans une situation d’urgence. Le stress peut être provoqué entre-autre par des cadences de travail, des échéances courtes, des astreintes et contraintes de production, la nécessité d’assurer une fluidité de la chaîne des approvisionnements jusqu’à la distribution…Quand la situation de stress est sans cesse répétée, on parle de stress chronique qui peut engendrer un épuisement professionnel, une dépression, des troubles cardio-vasculaires, des troubles du sommeil, des addictions ou des comportements violents…
  • Les violences internes (entre collaborateurs) et les violences externes (avec des clients, prestataires…) regroupent plusieurs réalités. Il peut s’agir d’insultes, propos discriminants, harcèlement moral, harcèlement sexuel, violences physiques, agression, maltraitance managériale…
  • Le burn-out ou syndrome d’épuisement professionnel est souvent un processus assez long avec de multiples causes… Enthousiasme, surinvestissement, désillusion, syndrome d’épuisement professionnel, les étapes du processus varient selon les approches …

Afin de prévenir ces risques professionnels, de nombreuses initiatives ont déjà été prises dans le cadre de politiques de Santé et Sécurité au Travail dans le secteur agroalimentaire.

 

De nombreuses initiatives pour améliorer la SST dans l’agroalimentaire

Souvent, les actions de prévention sont liées aux types de risques rencontrés dans chacun des postes de chaque secteur. Pour cette raison, nous avons listé ici quelques ressources  générales, mais il faut ensuite adapter les démarches et mesures de prévention à chaque type d’activité.

L’un des points communs de la plupart de ces démarches tient à la collecte et l’utilisation des données permettant d’objectiver les faits et mesurer les progrès des plans de prévention.

 

Les clefs de succès pour promouvoir la SST

C’est pourquoi l’optimisation de la collecte et de l’utilisation des données est au cœur de la campagne de l’Organisation International du Travail qui organise la Journée mondiale pour la Santé et Sécurité au Travail le 28 avril.

Dans ce cadre, nous avons assisté le 25 avril, à la table ronde « Quels outils au service des RH pour promouvoir la santé au Travail ? » organisée par l’ANDRH, l’OIT et l’INRS.

Les échanges des intervenants nous permettent de lister quelques clefs de succès d’une politique de SST :

  • La volonté politique des dirigeants en matière de SST est un préalable indispensable à toute démarche.
  • La SST doit être un objectif des managers car elle est liée à la performance. La formation et la rémunération sont des manières de faire rentrer la SST dans le management.
  • L’implication des partenaires sociaux - Syndicats, délégués du personnel, CHSCT…- est indispensable pour mener à bien une politique de SST
  • Si la règlementation est abondante en France et que de nombreuses normes existent au sein de l’OIT pour prévenir les risques, il est nécessaire de dépasser le caractère « obligatoire » de la règlementation pour faire de la SST un outil de pilotage de l’activité sur le long terme, sinon les démarches n'accrochent pas et ne changent pas véritablement le travail
  • Au sein des entreprises, de nombreuses données sont déjà disponibles et récoltées à travers les Bilans Sociaux, la mise en place des Documents Uniques d’Evaluation des Risques Professionnels, les CHSCT, les partenaires sociaux, les entretiens d’évaluation, les RH. Souvent, elles ne sont pas traitées alors qu’elles permettraient de découvrir des corrélations et de prévenir certaines situations avec un vrai impact sur l’engagement des collaborateurs et la performance. Il est donc indispensable de faire déjà le tour de l'existant avant d'organiser d'autres collectes de données.
  • Parmi la masse d’informations et de données disponibles, il est nécessaire de croiser les données avant de choisir les bons indicateurs.
  • Les outils « fabriqués » par les entreprises pour la collecte et l’analyse des données sont souvent les plus performants car les plus proches des réalités du terrain et de l’activité des entreprises.
  • Au-delà des outils et des données, il est nécessaire de se rapprocher du terrain et d’élaborer pour chaque situation un arbre des causes qui permettra de traiter le risque à la source en éliminant sa cause première.
  • La SST doit être un outil de pilotage pour la RH et lui permettre de s’inscrire dans des objectifs de plus long terme en réconciliant conditions de travail et performance. Par exemple, elle permet d’anticiper les inaptitudes par la formation et la reconversion de manière à maintenir l’employabilité d’une personne et donc de mieux faire fructifier son capital humain.

 

Nous laisserons le mot de la fin à Dominique Vacher, Président de DV Conseils, qui s’est exprimé en février dernier dans  PIC Magazine  : " Il faut faire comprendre aux dirigeants d’entreprises que lorsque l'on est bon en SST, on l’est aussi pour tout le reste. Les managers qui sont souvent jugés sur le « délivré », la productivité…, doivent comprendre qu’en travaillant avec un préventeur, ils vont gagner du temps, de l’argent et "casseront" moins les salariés placés sous leur responsabilité. La SST devient alors une vraie priorité, y compris dans les actes ; si l’entreprise comprend ce message. Pour résumer, on peut dire que le taux de fréquence des accidents du travail est le reflet du niveau de maîtrise de ses activités par une entreprise. Plus le taux de fréquence est grand, moins on maîtrise ses activités…"

Christelle Thouvenin pour WONDERFOODJOB.COM, Solutions RH pour la communauté Agro

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