La sieste en entreprise…

13/06/2018

 

Ou comment réveiller la performance qui sommeille en nous…

Le sommeil est de plus en plus identifié en entreprise comme un besoin physiologique au même titre que manger, boire ou aller aux toilettes. En instaurant des salles de siestes, certaines entreprises ont ainsi augmenté le bien-être, la performance et la créativité de leur salariés. La sieste : un investissement lucratif…

 

 

 

Un besoin physiologique encore tabou en entreprise

Il y a parfois des moments en entreprise où l’on n’est plus tout à fait performant. Les paupières s’alourdissent, le powerpoint devient flou, les voix lointaines… la nuque résiste un peu, se relâche et se redresse aussitôt. C’est la présentation du Directeur Général qui suit le déjeuner du Comex. Il ne faut pas dormir ! Et pourtant …

Quel est l’intérêt de passer 1 heure à résister à l’appel de Morphée dans un amphi sombre, ou de lutter pour suivre les lignes de son tableur Excel ? A peu près aucun, si ce n’est de ne pas passer pour un fainéant. « Pourtant, comme il est maladroit de confondre sommeil et paresse » écrivait Jacques Chirac en Préface d’ Eloge de la sieste de Bruno Comby…

En Chine une sieste de 30 minutes après le repas est inscrite dans la constitution et intégrée à la journée de travail. Dans nos sociétés Occidentales, la sieste est réservée aux jeunes enfants ou aux retraités. Le collaborateur occidental doit travailler et conserver sa posture professionnelle. S’abandonner à Morphée, ça ne se fait tout simplement pas ! Ou alors, pour près de 20% des salariés, en cachette, dans les toilettes, dans la voiture, à l’infirmerie ou sur son bureau, en prétextant une migraine. Si l’entreprise reconnaît le besoin de boire, de manger ou d’aller aux toilettes pendant le temps de travail, la question du sommeil était jusqu’à il y a peu complètement hors champ professionnel.  Une aberration selon The Nap Concept pour qui « Il est scandaleux que l’homme ne dorme qu’une fois par jour, alors que 90% des mammifères s’accordent au moins deux sessions de sommeil par jour. »

 

Sommeil, bien-être, productivité et créativité

Mais le rêve de sieste devient de plus en plus réalité. De nombreuses entreprises occidentales ont compris les bienfaits du sommeil sur le corps et l’esprit et donc sur le bien-être, la vigilance, la mémorisation, la productivité et la créativité. Le sommeil devient donc un champ d’investissement et ce, de différentes manières.

L’assureur américain Aetna rémunère 25 dollars (dans la limite de 500 dollars par an) chaque nuit de sommeil de ses employés de 7 heures minimum tracée par un bracelet connecté.  Les employés bénéficient en outre de yoga et de méditation dans le cadre d’un programme de bien-être. Les bénéfices de ce programme ont été étudiés par la Duke University. Les résultats montrent une baisse spectaculaire du stress. L'entreprise aurait gagné 69 minutes par mois de plus de productivité par travailleur, grâce, entre-autre, à un meilleur sommeil. Ici, la gestion du sommeil a été externalisée, mais ses effets sur la performance sont clairement reconnus.

En France, si les effets du manque de sommeil sont reconnus,  la sieste fait tout doucement son entrée dans le monde de l’entreprise. Certaines organisations mettent en place des espaces de siestes ou « siesterias ». 20 minutes de sommeil décomplexé permettent de mettre ensuite les bouchées doubles, avec une concentration, une acuité et une productivité accrue. C’est le cas de Renault, Danone, Léa Nature, Price Waterhouse,  Critéo, Adidas, mais aussi d’entités plus petites comme la start-up Novius, d’après Europe1 et Cradremploi.

Car toujours selon The Nap Concept, les bénéfices d’une sieste de 20 minutes en valent largement la peine. Entre-autre, « une sieste de 20 minutes permet de réduire son sommeil nocturne d’une heure. Intéressant pour les gens pressés. »  Mais également, « une sieste estompe très vite la fatigue et renforce la vigilance. 20 minutes de sieste en début d’après-midi augmentent de 2 heures sa productivité journalière. »

 

Les bars à siestes : le "co-napping" en toute intimité

Alors comment faire quand on ne travaille pas dans un environnement « siesto-friendly » ?

Hormis la sieste dans un parc pendant les beaux jours, dans sa voiture ou dans les toilettes de l’entreprise… il y a aussi la possibilité d’aller dans un bar à siestes ! Et oui, ils fleurissent dans les grandes villes et proposent diverses formules en fonction de la durée et du confort choisi. On peut citer entre autre ZZZen à Paris, My Cup of Time à Lyon, Le Siest’in à Marseille.

Les bars à siestes ont cet avantage qu’on y est moins susceptible d’y croiser son boss ou un collègue et qu’on a en principe accès à des cabines individuelles, ce que ne proposent pas toujours les salles de repos en entreprise. Car n’oublions pas que faire la sieste c’est aussi un moment intime où on laisse tomber sa posture professionnelle pour s’abandonner, d’où certaines réticences individuelles.

“Les anciens savaient que la clé des songes est aussi celle de l’équilibre et du bonheur, et recommandaient la pratique de la sieste.” indique encore Jacques Chirac dans sa Préface d’Eloge de la sieste. Si à notre époque le besoin de sieste se fait autant sentir, c’est aussi du fait de l’hyper-connexion généralisée qui ne laisse aucun répit au cerveau. Tout porte donc à penser que la sieste - parenthèse de repos, ressourcement et déconnexion - est un levier de performance qui a vocation à être facilité à l’avenir par le monde de l’entreprise… Vive la sieste !

 

Crédit photo homme qui dort avec des écouteurs : Kuo-Chiao Lin on Unsplash

Credit photo homme qui dort sur une table : Qwentl Wikicommons

 

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