Les réseaux de femmes en entreprises

29/03/2017

 

Pour une cause universelle : l'égalité

 

 

La petite vidéo humoristique de Téva « Une banane et deux kiwis » est révélatrice du fonctionnement implicite de beaucoup d’organisations : les femmes, à compétences au moins égales, sont moins rémunérées, moins reconnues et moins promues que les hommes.

Comment changer cette situation ? Les réseaux de femmes en entreprises peuvent-ils permettre de réduire ces inégalités ?

WONDERFOODJOB a assisté à la table ronde : Les réseaux de femmes, nouveaux territoires de l'égalité ? organisée par l'ANDRH & la Chaire IPAG Entreprise Inclusive, le 23 mars dernier.

Pourquoi et comment ces réseaux se développent-ils ? Quels sont leurs apports et leurs marges de progressions ? Voici une petite synthèse des échanges de cette table-ronde.

 

Les réseaux pour pallier un manque dans les entreprises

Pourquoi des réseaux se développent-ils en entreprises ?

Les réseaux voient le jour parce qu’en cas de discrimination - quelle qu’elle soit -  les personnes victimes ne savent pas à qui s’adresser. Elles ne vont pas voir leur manager, ni leur DRH, ni les syndicats… car souvent le sujet est tabou, « normalisé » en quelque sorte par l’implicite collectif.

Dès lors, cela permet l’entrée de la vie civile en entreprise avec des regroupements de personnes autour de points communs. Des groupes se créent par affinités et viennent pallier un manque au niveau des entreprises. D’une sorte de soupape pour leurs membres, ils se transforment en une instance de régulation « ad hoc », puis en partie-prenante de l’entreprise et lui permettent d’anticiper les dérapages et les contentieux.

Mais, si l’apport des réseaux est globalement reconnu, les réseaux de femmes en entreprise sont assez récents.

 

Territoires masculins et communautarisme : des réseaux féminins récents 

Catherine Tripon, Directrice Développement-RSE-Diversité chez FACE (Fondation "Agir Contre l'Exclusion") donne deux explications à la récence des réseaux féminins en entreprises.

Elle indique : « Les réseaux étaient, au départ, purement masculins. Les femmes, longtemps restées dans la sphère privée, ont moins le sens de la culture du réseau que les hommes. Par ailleurs, en France, contrairement à d’autres pays, le mot « communautarisme » véhicule quelque chose de péjoratif. Dès lors, l’enjeu est de permettre les regroupements affinitaires et de les intégrer dans un management éclairé. »

La proportion majoritaire des femmes dans une organisation facilite t’-elle l’émergence de réseaux professionnels féminins en atténuant la notion de communautarisme ? On pourrait penser que oui, mais pas tout à fait !

 

Les réseaux de femmes ont du sens même quand les femmes sont majoritaires en entreprise

Aline Crépin, Directrice de la RSE pour le Groupe Randstad France, Co-animatrice de la Commission égalité et diversité de l’ANDRH et du Club des entreprises labellisées diversité, livre un témoignage très éclairant sur l’enracinement profond des inégalités professionnelles hommes/femmes et la difficulté de faire naître des réseaux féminins.

Elle explique : « Chez Randstad, nous sommes plus de 75% de femmes, et de ce fait, la question de créer un réseau de femmes a longtemps paru un peu absurde. Sauf que… nous ne sommes pas 75% de femmes à tous les échelons... En réalité, plus les postes sont élevés, plus la proportion d’hommes par rapport aux femmes est importante alors qu’ils sont moins nombreux … jusqu’à être inversée au sommet de l’organisation ! Cela revient à dire que les chances de promotion des femmes sont nettement plus faibles que celles des hommes. Pour autant, la prise de conscience a été longue et la mise en place d’un réseau de femmes met du temps. Nous avons d’abord mis l’accent sur la lutte contre les stéréotypes et mis en place une revue des talents collégiale. Et puis, il y a deux ans, nous sommes revenus sur le sujet avec une enquête : les trois quarts des répondants adhéraient à un réseau plutôt mixte, et la plupart des répondants étaient en province. Nous avons dû nous battre contre des freins au niveau de la Direction qui avait peur d’un « communautarisme féminin » et puis nous avons finalement signé un Accord Egalité et présenté nos travaux au Comex. »

La création d’un réseau de femmes n’est donc pas toujours aisé et a finalement des vertus d’"empowerment" dès la mobilisation des acteurs.

 

Les réseaux de femmes : un lieu d’"empowerment"

Une fois le réseau constitué, quels sont ses atouts pour les membres ? Et bien ils sont nombreux.

Des lieux de parole, d’échange, de prise de conscience collective et de soutien

Tout d’abord, ce sont des lieux de parole et d’échange où l’on peut être soi. Marie-José Scotto, Responsable du département RH à l’IPAG précise : « Dans ces réseaux, s’exerce une maïeutique de la parole et une thérapeutique par la parole. » Ce faisant, ces lieux d’échanges permettent une prise de conscience collective. Marc Rivault, chef de projets à l'Association Française des Managers de la Diversité (AFMD) de préciser : « Les réseaux permettent à chacun de s’impliquer et pas seulement aux personnes dont c’est la fonction. Souvent, le vécu des discriminations n’est pas conscientisé ». Grâce à la prise de conscience collective et au partage, le soutien et l’entraide s’organisent entre les membres de sorte que l’isolement est rompu et que les forces et succès de chacune bénéficient à toutes.

Des lieux de construction et de développement des talents

Ainsi, le réseau permet aux membres de se développer et de se construire. C’est un lieu de coaching, de mentoring, de formation qui fait émerger des compétences et des aptitudes dont les femmes n’avaient même pas conscience. Peu à peu, les croyances auto-limitantes sont mises au rebut.

Des lieux d’"empowerment"

Ce faisant, le réseau permet véritablement un empowerment des femmes. Ces dernières développent des compétences, des savoir-faire, des postures et gagnent ainsi en assurance pour se rendre plus visibles sur le terrain, en réunion, en public ou à l’occasion d’une promotion. C'est à ces occasions que les talents sont repérés par les RH et les dirigeants.

« Tu fais et tu demandes pardon après ! »

Emmanuelle Jardat, Directrice RSE & Innovation, Orange Business Services, Présidente-fondatrice du réseau WHAT (Women Hackers Action Tank), créatrice de l'Association "Femmes mobiles" indique : " On est venu me chercher pour créer un réseau de femmes chez Orange. Nous avons une posture :  Tu fais et tu demandes pardon après !"

De l'"empowerment", à l'innovation sociale, il n'y a qu'un pas...

 

Les réseaux de femmes : laboratoires d’innovation sociale

En fait, les réseaux de femmes sont de véritables laboratoires d’innovation sociale et managériale.

Des laboratoires d’innovation sociale et managériale

En effet, ces réseaux font émerger des talents en entreprise, mais aussi des pratiques de travail, managériales et collaboratives différentes qui améliorent la performance. N’oublions pas que les femmes qui ont encore souvent une charge familiale et domestique plus importante que les hommes sont les championnes de l’organisation et de l’agilité…

En abordant tous les thèmes liés au travail, les réseaux de femmes sont à l’origine dans certains secteurs de l’émergence de méthodes de travail qui font baisser la pénibilité. Cette moindre pénibilité profite également aux hommes et à l’entreprise qui voit ainsi décroître son absentéisme et gagne en productivité.

Des parties prenantes pour les entreprises

Par ailleurs, les réseaux de femmes, et les réseaux en général, sont des parties prenantes de plus en plus consultées par les entreprises au niveau stratégique.

Muriel Morin, DRH Corporate du Groupe ENGIE, Présidente de l’Observatoire Social International, membre du Comité Exécutif de la Fondation Egalité Mixité indique : « L’action des réseaux en entreprises est soutenue par la Direction Générale d’ENGIE, un des rares groupes du CAC 40 dirigé par une femme. C’est d’autant plus important que traditionnellement, le secteur de l’énergie est vu comme un secteur masculin. Nous avons un réseau  - WIN - Women In Networking qui regroupe 2000 femmes sur 30 pays. Chaque femme suit dans ce cadre une formation au leadership pour diffuser les valeurs du groupe. Nous avons également un réseau « Jeunes Professionnels ». Les deux réseaux sont sollicités par les dirigeants du groupe pour toutes les mutations envisagées. Ils font des propositions concrètes qui sont largement suivies. »

C’est ainsi que par la promotion des femmes, on arrive peu à peu à une refondation du « commun » au service d’une cause beaucoup plus universelle : l’égalité.

 

Les réseaux de femmes au service d’une cause universelle : l’égalité

Le réseau permet une acculturation et une refondation du commun : en s’extrayant de la culture de l’entreprise, des pratiques et de l’implicite, il permet de penser les choses différemment et ouvre la voie à des innovations, des progrès, une évolution des comportements …

La société est un système dans lequel les acteurs et les entités sont interconnectés. Ainsi, l’on peut clairement faire le lien entre l’intérêt de faire disparaître les inégalités professionnelles hommes/femmes avec la performance des entreprises et l’innovation sociale. L’organisation devient par là-même un territoire de conquêtes qui peut s’agrandir à la société toute entière. Il est vrai qu’un peu plus de mixité en politique et chez les parlementaires, ce ne serait pas du luxe !

Derrière la lutte contre les discriminations sexistes en entreprises, il y a en fait une cause beaucoup plus universelle : l’égalité. L’égalité tout simplement. Car les femmes sont aussi des Hommes.

Murielle Morin indique d’ailleurs à ce sujet : « Les réseaux de demain seront poreux, mixtes, pour penser autour d’une cause universelle ».

Mais pour cela il faut aussi parvenir à lever les derniers freins.

 

Les réseaux de femmes : les enjeux

Rendre les réseaux de femmes accessibles au middle management et au management de proximité

Si les réseaux de femmes se développent dans les entreprises, ils restent en priorité dédiés au postes d’assez haut niveau. Or un des challenges est de pouvoir descendre à des niveaux de middle management ou management de proximité pour que les inégalités soient désamorcées le plus tôt possible et que toutes les femmes puissent avoir la possibilité de se développer et de s’armer grâce au réseau.

Développer les réseaux de femmes en régions

Par ailleurs, ces réseaux ont une image et des localisations très parisienne. Il est donc impératif de les développer en régions et sur tout le territoire pour permettre à toutes de sortir de l’isolement et de pouvoir faire évoluer les pratiques.

Développer les réseaux de femmes intra-entreprises pour les TPE et PME

De plus, les réseaux d’entreprises sont en majorité l’apanage des grandes entreprises et des grands groupes, or dans une démarche égalitaire, il serait judicieux que les TPE, PME puissent aussi en développer, soit en interne, soit en intra.

Réformer l’éducation et la formation professionnelle

Pour finir, la question des réseaux de femmes et de la promotion de l’égalité professionnelle va également de pair avec une révolution de l’éducation et de la formation en ouvrant le champ des possibles aux enfants et jeunes des deux sexes. Un jeune homme ne devrait pas souffrir d’un jugement sexiste s’il a envie de devenir sage-femme. Une jeune femme devrait se voir attribuer les mêmes chances d’être acceptée en stage de maintenance si c’est sa vocation.

 

Il y a donc encore du travail même si en résumé, les réseaux de femmes en entreprises, c'est quand même assez "Wonder" !

 

Christelle Thouvenin pour WONDERFOODJOB, solutions RH pour la communauté Agro

 

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