L’Intelligence Collective, plus forte que l’IA et l’expertise !

24/01/2019 10:30

Les clefs de succès de l’Intelligence Collective

Si l’Intelligence Collective (IC) est un peu devenue la tarte à la crème des nouveaux modèles de management, elle est aussi passée du statut de discipline « sympa » à une science dure à laquelle le MIT dédie un centre de recherche.  Quels sont concrètement ses avantages et ses conditions de succès ? Voici quelques débuts de réponses à partir de l’intervention d'Emile Servan-Schreiber, spécialiste de l’intelligence collective et des marchés prédictifs.

 

 

 

Le groupe est toujours plus intelligent que l’individu

Dans son best-seller paru en 2008, La Sagesse des foules, l'économiste James Surowiecki bouscule cette croyance selon laquelle seuls les leaders sont à même de prendre et d'imposer les décisions importantes, et que les foules agissent comme des moutons.  Il démontre au contraire, à travers de multiples exemples, que le plus grand nombre est souvent à l'origine des meilleures décisions et prévisions.

Cette théorie de l'Intelligence Collective s'applique aussi bien à la politique, à l'économie ou au management et consacre le groupe face à l’individu.

Dans la même veine, un chercheur d’Harvard a démontré que la performance d’une entreprise était inversement proportionnelle à la taille de la signature de son « boss ». Plus la signature serait grande, plus elle serait le signe d’un égo important et donc d’un pouvoir de décision centralisé rendant l’organisation moins performante.

Mais pourquoi l’IC est-elle plus efficace qu’un individu ?

 

 

Plus on est, meilleur on est !

Dans un groupe, personne n’a de mission. Chacun apporte des connaissances et une subjectivité. Les contributions de chacun vont s’ajouter, tandis que les biais des uns et des autres vont s’annuler par un effet de nombres et de compensations. 

Le terrain permet de démontrer l’efficacité de l’IC face à l’intelligence d’un seul groupe. Par exemple, dans les pronostics sportifs, plus on a de parieurs, plus les pronostics sont précis. Pendant la Seconde Guerre Mondiale également, un groupe de 10 G.I.s arrivait, sans outils et sans visibilité, à apprécier la position d’une cible en croisant les 10 estimations.

Mais l’IC nécessite certaines conditions pour pouvoir s’exprimer.

 

Les clefs de succès de l’Intelligence Collective

L’IC dépend tout d’abord de la qualité de la communication, une clef de succès qui découle directement du nombre de femmes composant le groupe. Ces dernières sont plus susceptibles que les hommes de créer de meilleures conditions d’écoute mutuelle, d’échange et de confrontation.

Par ailleurs, la diversité est l’autre ingrédient indispensable au bon fonctionnement du groupe. En effet, pour lutter contre la pensée unique et le conformisme, le groupe doit être composé d’individus issus d’ethnies, territoires, formations, classes sociales… variés.

C’est à ces deux conditions - diversité + qualité de la communication - que peuvent avoir lieu la confrontation, l’idéation, l’innovation.

On est donc dans un schéma très différent de l’expertise, qui est le contraire de la diversité. Cependant, on peut remplacer l’expertise et dépasser la qualité de l’expertise par la diversité. On peut en fait créer de l’expertise avec beaucoup de diversité. Par exemple, aux Etats-Unis, 14 étudiants en droit font aussi bien qu’un avocat chevronné pour évaluer le montant des indemnités préconisées par un jury et juger de la pertinence d’aller au procès ou non.

 

IC :  prévision, innovation, performance

A quoi sert au final l’IC ?

Le premier intérêt de l’intelligence est la prévision et la survie. Le deuxième est la capacité à inventer, innover et trouver des solutions. L’IC sert donc à améliorer la prévision et l’innovation.

Les entreprises les plus innovantes sont celles qui impliquent le plus d’employés dans l’innovation et l’idéation et non celles qui dépensent le plus d’argent.

Ainsi, sur les marchés prédictifs, quand tous les employés sont impliqués : les prévisions sont 70% meilleures que l’IA et les systèmes classiques. Une solution valorisante pour les employés et moins coûteuse pour l’entreprise que d’employer un expert qui sort d’une Grande Ecole !

De manière plus globale, l’IC d’amateurs peut aisément rivaliser avec les pronostics des experts de la CIA dotés pourtant d’informations secrètes. Elle fait même 30% mieux que les pro ! C’est la raison pour laquelle les US ont lancé un programme impliquant 10 000 personnes à qui l’on pose 500 questions économiques, politiques, sociales, environnementales… sur 4 ans

Pour finir, dans un monde numérique, le Big Data va prendre une place croissante, avec des datas suffisantes et pertinentes. Dans les affaires humaines où les données sont floues, la seule façon pertinente de traiter l’information ; c’est le cerveau humain.

L’IC est rendue possible par le numérique, mais elle ne doit pas être asservie par le digital.

 

Photo : Photo by rawpixel on Unsplash

Christelle Thouvenin pour Wonderfoodjob

 

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