La barbe dans l’agroalimentaire

13/09/2017

Un sujet touffu …

Depuis quelques années, le port de la barbe revient en force. D’abord timidement avec la barbe de trois jours, et puis de manière plus assumée avec des barbes portées plus longues, notamment chez les hipsters, ces jeunes anti-conformistes qui arborent à la fois barbe longue et coupe pompadour.

Le sujet de la barbe en milieu professionnel a déjà été largement traité par la presse. Ce qui nous intéresse chez Wonderfoodjob, c’est de considérer le port de la barbe dans le secteur agroalimentaire / alimentaire.

Entre mode, préjugés et réglementation, peut-on tout se permettre dans l’agroalimentaire ? Nous donnerons trois conseils de bons sens, après avoir fait un point sur les freins de ce retour pileux.

 

 

Un style de vie

Le retour de la barbe

La barbe a, selon les époques, été plus ou moins au goût du jour. Après une longue période « Gillette, la perfection au masculin » où le barbu ne pouvait être que la caricature du prof, du chercheur ou du syndicaliste, la barbe a effectué un retour timide il y a une quinzaine d’années. D’abord barbe de trois jours, elle s’est étoffée et multipliée, variant les genres : moustache, bouc, barbiche, favoris, barbe, collier… Il existe d'ailleurs une Journée mondiale de la barbe, le 3 septembre pour célébrer cette pilosité !

Vive la diversité

Elle serait même passée de « mode » à véritable « style de vie » en très peu de temps, arborant des formes diverses très sculptées qui relèguent la barbe à papa broussailleuse au rayon des antiquités pileuses. Des dizaines de « coupes » sont ainsi possibles et tous les styles requièrent du soin et un entretien régulier si l’on ne veut pas ressembler à Merlin l’Enchanteur. Une variété qui – au-delà d’explications sociologiques plus profondes - peut séduire après des années d’uniforme professionnel : costume, coupe courte, rasé de près …

Liberté… pilosité...égalité ?

S’il est un domaine où les femmes ont - d’une manière générale - un avantage (le seul ?) sur les hommes en milieu professionnel, c’est bien "le look" ! Hormis dans les univers qui requièrent une tenue de travail spécifique, elles ont la possibilité de varier les coiffures et tenues. Possibilité de porter les cheveux longs ou courts, de les teindre, de se maquiller ou pas … Possibilité de porter jupe, robe, pantalon, escarpins, sandales, bottes pour varier et s’adapter aux saisons… Certes, il y a des codes, mais ils semblent un peu plus souples que pour les hommes.

Les hommes, en revanche, subissent encore le joug de la tenue de travail sans artifice et standardisante. A part dans une start-up ou des univers très particuliers, on imagine mal un cadre en pantalon court coloré et sandalettes. Eté comme hiver, le costume et les chaussures fermées… « -Tu as vu mon nouveau costume ? – Ah bon, mais ce n’est pas le même qu’hier ? – Ben non, celui-là est gris anthracite alors que celui d’hier était gris foncé. » Choisir un style de pilosité, serait-ce aussi s’individuer et sortir des stéréotypes, revendiquer plus de liberté, plus de flexibilité… ? « Je fais ce que je veux avec mes poils. » ?

Et si tout le monde s’y met ensuite, quel sera alors le comble de la fantaisie et de l’anticonformisme au masculin ? Etre rasé de partout ? Porter des jupes ? Demander un congé parental… ah oui, ça, ça serait bien ! La vraie égalité… mais ne nous égarons pas…

Quoiqu’il en soit la barbe, si elle semble de mieux en mieux admise, suscite encore quelques freins.

 

Des amalgames épineux

Les préjugés

La barbe est arrivée en force, en revanche les esprits n’ont pas évolué aussi vite. La barbe transporte encore avec elle de nombreux préjugés. "Le barbu aurait quelque chose à cacher. Il ne serait pas honnête, pas net." Sinon pourquoi aurait-il une barbe ?

Le contexte politique

Et dans la série des supers amalgames, il y a aussi celui du « barbu = musulman » (et alors ?). Dans un contexte marqué par des attentats commandités par des islamistes barbus, on a vite fait de glisser vers « barbu = terroriste ». Aux critères physiques se mêlent ainsi insidieusement des considérations spirituelles qui font de la barbe un signe religieux. Un vrai casse-tête pour le droit du travail !

C’est ainsi que suite aux attentats du 13 novembre 2015, quatre agents de sécurité musulmans, barbus depuis de nombreuses années, ont été licenciés à l’aéroport d’Orly du fait de leur « barbe non entretenue » nuisant à l'image de l'entreprise. Les licenciés ont saisi les prud’hommes pour discrimination. Verdict le 14 décembre.

Un millefeuille juridique et règlementaire complexe

Le code du travail interdit les discriminations (Art L1132-1) fondées sur l’apparence physique et indique que l’employeur ne peut imposer des restrictions que si elles sont proportionnelles à la tâche à accomplir et au but recherché (Art L 1121-1).

Le flou artistique se renforce quand on superpose le Code du Travail, le contrat de travail, les accords de branches, les accords d’entreprises, le règlement intérieur, les consignes d’hygiène et de sécurité et l’acceptation par le management et le collectif de travail.

Les règles d’hygiène et de sécurité dans l’agroalimentaire

Dans le secteur agroalimentaire, les règlementations en matière d’hygiène et de sécurité sont strictes pour des raisons évidentes de contamination  et de sécurité alimentaire. On imagine mal trouver un poil dans son yaourt ou sur sa tranche de jambon… Scandale potentiel, surtout avec la rapidité des réseaux sociaux, image de l’entreprise dégradée, perte de chiffre d’affaires et licenciements à la clef. Donc il serait délicat de ne pas considérer que les règles d’hygiène et de sécurité dans un poste avec contact alimentaire ne seraient pas proportionnées au but recherché…

D’où un historique bien fourni sur le thème de la barbe. Ici un employé dans un établissement de restauration prestigieux qui porte une barbe propre et que l’on prive de son poste contre l’avis rendu par l’Inspection du travail… , un employé de restauration rapide que l’on oblige à se raser alors qu’il propose de porter un masque pour travailler. Ici encore, un employé d’un rayon charcuterie/fromagerie, recruté avec une barbe et à qui l’on demande de se raser.

 

Trois conseils aux candidats barbus du secteur agroalimentaire

Vous portez ou souhaitez porter une barbe et vous souhaitez travailler dans le secteur agroalimentaire ? Voici les conseils de nos recruteurs.

Une barbe adaptée et bien assumée

La première chose est de faire le bon choix de pilosité faciale en fonction de votre physionomie et de votre personnalité et de bien l’assumer. Et il y a le choix ! Bouc, mouche, moustache, barbiche … L’ensemble doit faire état d’une personne équilibrée chez laquelle la voix, la gestuelle, l’expérience, les mots et la présentation générale sont en harmonie. 

Ainsi, si vous êtes étudiant et que vous souhaitez porter une barbe pour faire « plus expérimenté – mois timide », sans doute n’est-ce pas la bonne solution. Vous aurez l’air emprunté, ça se verra et cela ne donnera pas confiance au recruteur.

De nombreux postes exigent du travail en équipe, des contacts commerciaux, du relationnel. Une barbe mal choisie ou mal assumée peut ainsi constituer un frein au recrutement. C’est dommage !

Donc si vous êtes barbu/moustachu, soyez bien dans vos poils !

Une barbe bien entretenue

Dans la catégorie « négligée », la barbe est sans doute un des aspects les plus rédhibitoires à l’embauche, que ce soit dans l’agroalimentaire ou ailleurs.

D’abord parce que c’est une question esthétique et qu’une barbe broussailleuse ou clairsemée et non taillée ne donne pas un air très « civilisé », très « rigoureux ». Ensuite, parce que c’est une question d’hygiène. Et oui, la barbe contient des bactéries, des squames et tout un tas de choses sympathiques en provenance des mains et qui s’accrochent dans les poils drus. C’est ainsi qu’un chercheur américain a récemment découvert des bactéries intestinales en analysant une barbe… (désolée…)

Donc évidemment pour travailler, notamment dans l’agroalimentaire, la barbe doit être irréprochable, impeccable : propre, soignée, taillée avec rigueur… à l’image de son propriétaire qui incarne lui-même l’image de l’entreprise. Pour cela de nombreux appareils de tonte, shampoings, crèmes, soins et cosmétiques existent. C’est tout un monde !

Une pilosité codifiée et règlementaire dans l’agroalimentaire

Enfin, parce que le recrutement est aussi une question d’affinités ; et le port de la barbe un style de vie, il est pertinent d’envisager votre propre compatibilité avec une organisation en amont. Une organisation développe sa propre sociologie avec ses codes et ses règles écrites ou tacites contrôlées par le collectif de travail. Dans certains environnements, une couleur trop vive ou un peu de fantaisie peuvent encore susciter des regards de travers.  Dans d'autres, c'est l'inverse, une tenue trop stricte, trop sombre sera remarquée.

Ai-je ma place sur la photo ? Cette organisation, ce travail est-il compatible avec mon style de vie et mon souhait de porter la barbe ? Quels sont les codes vestimentaires dans cette organisation ? Sont-ils écrits quelque part ou bien tacites ? Y a-t-il d’autres barbus ou est-ce que tous les hommes sont rasés de près ? De la même manière qu'on évalue l'ambiance au travail dans une entreprise, on peut se poser la question de sa compatibilité avec une tribue.

Cela signifie de se renseigner sur les valeurs partagées avec l’organisation et plus précisément de se renseigner – en fonction du poste souhaité – sur les pratiques de l’entreprise et ses règlementations en matière d’hygiène.

Ainsi, la barbe peut très bien être acceptée pour des postes où il n’y a pas de contact alimentaire mais règlementée ou proscrite pour les postes à contact alimentaire comme responsable qualité ou préparateur par exemple. La FAO, d’ailleurs, déconseille formellement le port de la barbe pour les métiers à contact alimentaire direct…Certaines entreprises vont accepter, sous certaines conditions, le port de la barbe avec un masque. D’autres vont la proscrire pour des raisons de contamination possible, de sécurité alimentaire et d’image.

Dans tous les cas, il est pertinent de se poser ces questions avant de candidater ou d’intégrer une entreprise.

 

Christelle Thouvenin pour Wonderfoodjob.com, Solution RH pour la Communauté Agroalimentaire

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