Le défi numérique des métiers de la production agroalimentaire

03/05/2018

De nouvelles compétences techniques, cognitives et comportementales attendues

Les Observatoires du Secteur Alimentaire viennent de publier une étude concernant Les impacts du numérique sur les métiers du secteur alimentaire. L’étude estime que 50% des métiers seront fortement impactés par la révolution numérique en marche…

L’un des défis majeurs des IAA est donc d’attirer et de former les professionnels actuels et futurs de la production agroalimentaire sur des compétences numériques : automatisation, robotisation, programmation, analyse de données, intelligence artificielle, objets connectés, ERP, impression 3D…

 

 

 

Un modèle économique et sociétal en cours de transformation

Dans un mouvement économique et sociétal d’ensemble reliant l’entreprise avec ses parties prenantes, la révolution numérique permet aux entreprises de répondre plus vite à de nouveaux besoins, de gagner en efficacité, productivité et traçabilité. Elle permet de développer des approches prédictives, de mieux gérer les pannes, les risques qualité et les pertes matières.

Ce faisant, la révolution numérique a également un impact structurant sur les processus, les compétences, les métiers et l’innovation, indique l’étude.

Le processus en marche semble inéluctable pour toutes les entreprises agroalimentaires. Mais qu’en est-il de cette révolution en France ?

 

Les entreprises françaises à la traîne

« En France, on constate un niveau de maturité numérique hétérogène. Les industries agroalimentaires et les coopératives ont globalement entamé leurs mutations technologique et numérique. Les PME qui consolident la phase d’automatisation sont, à ce jour, plus faiblement numérisées. En effet, alors que les entreprises allemandes, japonaises, américaines et canadiennes ont investi prioritairement dans la technologie, les entreprises françaises se sont concentrées sur l’innovation produit, la maîtrise des coûts et l’approvisionnement, sécurisant ainsi le service au client, précise l’étude. » Pour autant, en matière alimentaire, les consommateurs sont plus numériques que les entreprises :  59% des français achètent en ligne alors que 11% seulement des entreprises françaises vendent en ligne.

  • Des projets numériques

En termes de projets numériques, 71% des entreprises interrogées indiquent avoir des projets dans le domaine de la production et de la maintenance ; 53% dans la vente et le marketing ; 53% dans la communication interne et les ressources humaines ; et 49% dans la traçabilité et le process qualité. Les motivations pour la mise en place de ces projets sont à 85% l’amélioration de la performance ; 54% la qualité des produits et la traçabilité ; 49% la réduction des coûts ; et 46% l’amélioration de la QVT.

  • Mais des retards et un manque de ressources

Malgré tout, si 57% des entreprises identifient le numérique comme un axe décisif à moyen terme, seules 36% d’entre elles ont formalisé une stratégie adaptée. « Peu considèrent le numérique comme un avantage concurrentiel et un levier d’innovation, signale l’étude. » Les raisons des retards sont imputables à 54,5% au coût de la transformation ; dans les mêmes proportions au manque de temps ; et à 45,5% au fait que le numérique ne serait pas un enjeu prioritaire pour l’entreprise (contredisant ainsi le chiffre de 57% annoncé plus haut). Il est vrai aussi que beaucoup d’entreprises alimentaires ont vu leurs marges fondre du fait de la guerre des prix des distributeurs et se sont vues privées des ressources pour investir dans de tels projets… Une situation préoccupante, d’autant que la révolution s’anticipe sur le terrain technologique, mais aussi sur celui des talents et des ressources humaines. Plus le temps passe, plus la pression sera forte pour se mettre au niveau et rester compétitif.

 

50% des métiers de la production impactés par le numérique

La révolution numérique suppose en effet une adaptation des process et des hommes à de nouveaux modes de fonctionnement et de collaboration dans lesquels l’automatisation, les capteurs, les drones, la robotisation, l’analyse de données, les progiciels de gestion, les imprimantes 3D, l’intelligence artificielle … interrogent la place et l’évolution des métiers de production.

  • De nouvelles compétences techniques, cognitives et comportementales

« L’enjeu aujourd’hui est d’anticiper les prochaines étapes en créant de nouvelles compétences techniques, mais aussi cognitives et comportementales, indique l’étude. […] L’analyse, la compréhension des données, la responsabilisation, l’anticipation, la proactivité, l’agilité et la capacité à communiquer sont les nouvelles compétences attendues des opérateurs. »

Cela questionne le secteur sur plusieurs points.

  • Un challenge en termes de formation

Tout d’abord, en termes de formation initiale, cela implique de mettre en place davantage de formations hybrides mêlant l’agroalimentaire avec le numérique afin de répondre aux besoins futurs.

En termes de formation tout au long de la vie, l’organisation doit aussi se transformer pour être une organisation apprenante collaborative et transversale permettant de développer les compétences et comportements adéquats face à de nouveaux process et modes de fonctionnement. L’organisation doit parallèlement permettre aux collaborateurs de se mettre à niveau par la formation continue en anticipant les besoins. La formation est donc un volet à part entière de la gestion du changement des organisations : sans compétences, difficile de mener à bien une transformation pérenne.

  • Un défi en matière d'attractivité du secteur et des métiers de la production

Mais avant tout l’un des principaux challenges réside dans l’attractivité des métiers de production et de la filière agroalimentaire. La filière agroalimentaire, tout d’abord, voit régulièrement son image dégradée par les médias, ce qui dissuade les talents de la production de venir à la faveur d’autres secteurs comme l’automobile ou l’aéronautique...  Les métiers de la production et de la maintenance, quant à eux, ont conservé une image masculine démodée d’exécution ou de réparation alors que ce sont des métiers d’avenir en forte tension. Dès lors, le défi est de rendre ces métiers pénuriques plus attractifs en jouant la carte de la technologie, de la parité et de la carrière.  

 

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Crédits photos : geralt / 17392 images ; CC0 Creative Commons

Christelle Thouvenin pour Wonderfoodjob

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