Juste et bon

11/04/2018

En route vers un nouvel ordre alimentaire ?

 

A l’occasion du Salon PRODURABLE des 4 et 5 avril 2018, la table ronde « Chaîne de valeur agroalimentaire : ce qui est juste est bon » animée par Catherine Chapalain, DG de l’ANIA, a permis de revenir sur le nécessaire rééquilibrage de la valeur de l’alimentation tout au long de la chaine alimentaire alors que les dernières négociations avec la Grande Distribution ont été particulièrement tendues.  

Wonderfoodjob revient sur quelques points saillants de cette table-ronde qui accueillait Pascal Ballé, Administrateur de Terrena en charge de la RSE et de la Nouvelle Agriculture, Nicolas Chabanne, Fondateur de la marque « C’est qui le patron ?! », Dominique Chargé, Président de Coop de France Agroalimentaire, Christiane Lambert, Présidente de la FNSEA, Laurent Vallée, Secrétaire Général du groupe Carrefour, Emmanuel Vasseneix, Président-directeur général LSDH et vice-président de l’ANIA en charge des thématiques de Développement Durable-Environnement-RSE.

 

 

 

"Le temps des négociations avec la Grande Distribution qui a suivi la signature de la Charte d’engagement des EGAlim, n’était ni juste… ni bon."  Christiane Lambert, Présidente de la FNSEA

La Présidente de la FNSEA a insisté sur le fait que la Charte d’engagement ne devrait pas rester une parenthèse hors du temps déconnectée de la réalité.« Les acteurs de la chaîne doivent apprendre à redevenir partenaires et pour cela, il faut arriver à retrouver un dialogue jusqu’au bout. Or jusqu’à présent, entre acteurs de la chaîne, nous sommes plutôt adversaires avec notamment un oligopole de 4 centrales d’achat qui détient tous les pouvoirs. […] Il faut sanctionner les démarches prédatrices et faire en sorte que chacun puisse vivre dignement de son travail, a-t-elle indiqué.»

Une réelle transformation du modèle s’impose. Des phases de réflexions et d’accords entre les différents acteurs alternent avec des phases de négociation très dures, signe que le changement s’amorce dans les esprits mais pas dans toutes les pratiques. C’est ainsi que cohabitent des initiatives pérennes et durables comme le Bio ou le Commerce Equitable ; avec des pratiques héritées de la société de consommation.

 

" On paye 60 ans d’erreurs de production liées au fait que les objectifs n’étaient pas les mêmes à l’époque. Il faut donc accepter de se donner du temps." Emmanuel Vasseneix, Président-Directeur Général LSDH et Vice-Président de l’ANIA

La question est de savoir comment nous voulons vivre demain. Ce qui est durable est forcément équitable. Notre modèle de production n’est plus adapté à notre société qui vit désormais dans l’immédiateté.

Par ailleurs, nous ne sommes pas seuls dans notre évolution et notre transformation ; il faut aussi considérer les concurrents européens et étrangers qui n’ont pas les mêmes normes que nous ainsi que les pays qui vivent la famine.

Enfin, dans ce mouvement de transformation global de la société, la question du sens et de la valeur est devenue primordiale. Or, après 60 ans de consumérisme, les consommateurs ont perdu la notion du prix et de la valeur de l’alimentation.

 

"Les promotions font perdre la notion du juste prix au consommateur." Dominique Chargé, Président de Coop de France Agroalimentaire

Quel est le juste prix d’un produit ? Est-ce le prix qui intègre les coûts de production du producteur et lui permet de se développer ou bien celui auquel le consommateur consent à acheter un produit ? C’est un équilibre évidemment, mais plus le prix est juste plus il permet d’avoir un produit de qualité, un bon produit.

La part de l’alimentation dans notre budget est passée de 20% il y a quelques années à 13% aujourd’hui. Certains consommateurs trouvent normal d’acheter un smart phone à plus de 1000 €, mais veulent un steak à 2 €. Après des années de guerre des prix des distributeurs, ils ne savent plus quelle est la valeur réelle de l’alimentation.

Pris dans ses contradictions, le consommateur est pourtant ouvert et en demande de démarches plus équitables. Cela s’exprime à travers l’explosion du Bio, la croissance du Commerce Equitable ou des achats directs aux producteurs. Cela s’exprime aussi à travers des initiatives où on lui demande de décider lui-même du prix et de la qualité d’un produit donné ainsi que de la rémunération du producteur de ce produit.

"Quand je sais que mon achat est équitable, cela rajoute du goût et un sentiment positif, indique Nicolas Chabanne, Fondateur de C’est qui le patron ?!"

 

Quelles solutions ?

Alors quelles sont les solutions pour transformer cette chaîne de valeur vers le juste et le bon ?

Voici les points qui ont été cités par les différents intervenants :

  • Les prix en marche avant : repartir de la construction du prix des produits pour garantir à la fois une juste rémunération et une qualité des produits ; passer d’une logique d’adversaire à une logique de partenaires sur la chaîne de valeur : la qualité est un investissement de tous les acteurs ;
  • Travailler sur la qualité : mettre en place une trajectoire de progrès et accompagner les agriculteurs pour augmenter la qualité de leurs produits : baisse des pesticides, augmentation de la robotique ;
  • Accompagner les agriculteurs et les producteurs dans une logique de changement, plutôt que de les laisser penser que les coopératives doivent forcément défendre des positions même perdues comme celle du glyphosate ; renforcer le volet RSE des entreprises coopératives ; faire évoluer le modèle coopératif ancien avec plus de démarches collaboratives ;
  • Travailler sur l’autosuffisance en Bio car la demande augmentant plus vite que l’offre, nous nous fournissons de plus en plus sur les marchés extérieurs ;
  • Démultiplier les initiatives pédagogiques vers le consommateur, les écoliers :
    • valoriser les terroirs
    • valoriser la qualité
    • revaloriser notre alimentation en France : nous sommes le pays de la gastronomie pour les étrangers et le pays des promotions pour les français
    • valoriser la diversité des modèles agricoles

 

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Photo : Christelle Thouvenin

Propos recueillis par Christelle Thouvenin pour Wonderfoodjob

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