Assises Nationales de l'Alimentation de l'ANIA - Partie I

11/05/2016 23:54

Le consommateur au coeur du Pacte Alimentaire 

Les Assises Nationales de l’Alimentation organisées par l’ANIA le 10 mai 2016 au Palais Brongniart ont permis de réunir les acteurs de la filière agroalimentaire et de dévoiler les résultats de la grande consultation citoyenne autour de l’alimentation menée début 2016.

Riches en enseignements sur les attentes des citoyens, mais aussi sur les contraintes des acteurs de la filière agroalimentaire et leur déficit d’image, les assises ont permis de valoriser des initiatives concrètes et de promouvoir des leviers d’amélioration. Elles ont aussi été  l'opportunité d’inviter tous les acteurs à s’impliquer dans un Pacte Alimentaire au service du consommateur et de la valorisation des secteurs, métiers, savoir-faire et produits AA.

Wonderfoodjob.com a assisté pour vous aux Assises Nationales de l’Alimentation et vous propose un compte-rendu des principaux développements et échanges.

Nous ferons d’abord un point sur le consommateur, puis nous aborderons les évolutions et contraintes de la filière AA et enfin, nous terminerons par les bonnes pratiques et pistes d’améliorations évoquées lors de la conférence.

 

Le consommateur-citoyen fier de sa culture gastronomique, porteur d’évolutions sociétales et conscient de son pouvoir

Début 2016, l’ANIA a lancé une grande consultation citoyenne nationale en invitant tous les français à s’exprimer sur leurs comportements, goûts et souhaits en matière d’alimentation.

8 832 répondants - dont 60 % de femmes - ont ainsi exprimé à 69,7% leur fierté de vivre dans le pays du bien manger où le plaisir et la gourmandise sont des valeurs partagées. 68,7% ont aussi exprimé leur confiance dans les produits alimentaires qu’ils achètent au quotidien.

La qualité, la fraîcheur, la composition, l’origine et le goût sont les cinq réponses données par les répondants à la question « Qu’est-ce qui est le plus important pour vous quand vous faîtes vos courses ? ».

En ce qui concerne les attentes des consommateurs pour une meilleure alimentation, elles portent, concernant les industriels, sur la qualité, la transparence et la créativité. Vis-à-vis de la grande distribution, ces attentes s’articulent autour d’un juste prix, de davantage de produits locaux et de la lutte anti gaspillage. Le consommateur attend aussi du gouvernement qu’il contrôle, règlemente et incite. Enfin, la responsabilité du consommateur est également engagée à travers ses propres démarches d’information, ses choix en faveur des produits français et sa responsabilité générale de citoyen.

Ces résultats, s’ils étonnent peu, prennent un poids nettement plus important à la lumière des récentes évolutions sociétales et de la prise de conscience par le consommateur de son pouvoir et de sa capacité à faire bouger les lignes.

Selon Nathalie Damery, Présidente de l’Observatoire Société et Consommation, les consommateurs d’aujourd’hui sont très différents de ceux d’hier. Elle évoque une lame de fond ayant changé les comportements.

Tout d’abord, le consommateur fait désormais le lien entre la santé et la nutrition et il est donc plus sensible à l’information et à la désinformation qu’il transforme ensuite en acte d’achat.

Combiné à cela, alors que dans les années 60, il consacrait 35 % de son budget à l’alimentation, il n’en consacre aujourd’hui plus que 10 à 20 % (14% selon le Crédoc). La valeur et la composition de son panier sont donc l’objet de toutes les attentions parce que le consommateur opère des arbitrages à partir d’éléments rationnels et irrationnels. Dans ce contexte, il est donc important de revaloriser l’alimentation et les produits alimentaires afin que ces derniers soient re-priorisés.

Troisième élément, le rapport à la nourriture a complètement changé. Dans les années 60, la nourriture était corrélée à la force de travail ; il fallait par exemple que les ouvriers mangent beaucoup de viande. Aujourd’hui, le corps est un capital de santé, beauté et jeunesse qui conditionne une morale, des comportements alimentaires et une exigence de qualité, le tout étant constitutif d’une identité. Dans cette même veine, Jérôme François, DG Communication Consommateurs de Nestlé France évoque le food hacking : il s’agit de s’approprier une manière personnelle de cuisiner un aliment comme un élément identitaire qui sera ensuite promu sur les réseaux sociaux. Catherine Petitjean, PDG de la maison Mulot et Petitjean et Présidente de l’Alliance 7, évoque, quant à elle le pouvoir de réassurance des produits des IAA : retrouver au bout du monde une barre chocolatée agit comme un repère, une ré-assurance, et c’est là aussi un potentiel des IAA à développer.

Pour finir, le consommateur a désormais de multiples moyens de renseignement, d’expression et même de pression notamment via Internet et les réseaux sociaux, complète Nathalie Damery, Présidente de l’Observatoire Société et Consommation. Si l’on revient aux origines du mot citoyen, dans la Grèce Antique, cela désigne "celui qui a été éduqué". L’enjeu majeur pour les IAA est donc la pédagogie, la culture pour développer des liens de confiance avec le consommateur et combler le déficit d’image dont la filière AA souffre toujours alors qu’elle peut s’enorgueillir d’avoir fait face à de très nombreuses transformations depuis 1950 pour accompagner les français au quotidien.

 

Une filière à l’épreuve des transformations, des défiances et des intérêts divergents

Catherine Chapalain, Directrice Générale de l’ANIA, évoque l’adaptabilité énorme dont la filière a fait preuve pour accompagner le développement de la société.

Alors que dans les années 50 apparaissaient les premiers supermarchés et les premiers produits industriels élaborés comme la purée mousseline ou le coca-cola, pendant la deuxième moitié du XXème siècle, la filière AA a relevé trois défits majeurs : le défit du baby-boom qui porte aujourd’hui la population française à 68 millions de personnes – à 80 % urbaine ; le défit de la sécurité alimentaire et le défit de l’augmentation du nombre de femmes actives qui a créé de nouveaux besoins.

Aujourd’hui, les IAA font face à un quadruple enjeu : continuer à répondre aux besoins de chacun dans un marché beaucoup plus diversifié et beaucoup plus complexe ; nourrir au niveau mondial 9 Mds d’êtres humains à l’horizon 2050 ; préserver les ressources et l’environnement ; et faire preuve de pédagogie pour modifier une image entachée par les scandales, les fraudes alimentaires et une certaine cacophonie nutritionnelle. Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’Université de Paris Dauphine, précise à ce sujet que jamais en France nous n’avons mieux mangé et que pourtant jamais il n’y a eu autant de peurs alimentaires. Et en effet, malgré le fait que l’Europe soit le continent de la sécurité alimentaire, 31,3% des français indiquent ne pas avoir confiance dans les produits alimentaires qu’ils achètent au quotidien.

Par ailleurs, l’entente parfois difficile entre les différents acteurs contribue à jeter le discrédit sur toute la filière, avec, au centre des tensions, la question du prix et de la rémunération des producteurs.

Christiane Lambert, Vice Présidente de la FNSEA indique qu’il y a 400 000 producteurs pour 4 acheteurs de la grande distribution. Les producteurs sont à la tête d’entreprises agricoles qui requièrent de lourds investissements pour lesquels ils doivent s’endetter, alors que la rentabilité est faible et à long terme et que les prix de vente sont définis sur un marché mondial qui ne tient pas compte de toutes les contraintes locales.

Les raccourcis médiatiques qui pointent la grande distribution comme responsable de la situation de milliers de producteurs omettent de préciser selon Jérôme Bédier, DG Délégué et Secrétaire Général du Groupe Carrefour, que de nombreuses entreprises agricoles ne raisonnent pas en termes de gestion de risques ou d’équilibre des marchés ce qui aboutit à des situations d’endettement critique ou encore à une surproduction provoquant un effondrement des prix dès lors que des quotas sont levés. Et ce d'autant que de l’autre côté de la chaîne, c’est le prix à la vente qui va être considéré par le consommateur et les comparateurs de prix. Et Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’Université de Paris Dauphine, de préciser que le "juste prix" est une inepsie parce qu’il est maintenant fixé à un niveau mondial, ce qui le rend "juste" pour certains et beaucoup "moins juste" pour d’autres ! Ainsi, alors que la grande distribution transforme l’instabilité des prix en entrée en stabilité à la sortie, le grand gagnant est le consommateur. "Quand les agriculteurs s’indignent devant la grande distribution, dit-il, ils se trompent de coupable ! "

Dans ce contexte, il est toutefois possible de mettre en place des actions concrètes pour répondre aux attentes du consommateur et de rechercher une cohésion des acteurs de la filière autour d’un Pacte Alimentaire, ce que nous verrons la semaine prochaine. 

Christelle Thouvenin pour WONDERFOODJOB.COM, site emploi recrutement dans l'agroalimentaire

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