« Je veux changer l’image du Bio ! »

18/05/2018

       

Interview de Mewan Melguen, PDG de Natura France

 

 

Mewan Melguen est le co-fondateur (aux côtés de Sébastien Napol) et PDG de Natura France qui produit – entre autres – les boissons de la marque SO FREE (hibiscus, thé vert-menthe, rhubarbe…) vendues en magasins spécialisés Bio. L’Ingénieur HSE diplômé des Arts et Métiers ParisTech et de Grenoble Ecole de Management nous raconte son parcours de jeune entrepreneur Bio et sa vision de l’entrepreneuriat et du management.

 

« Je ne me sentais pas utile en entreprise » 

 

CT :  Que vouliez-vous faire quand vous étiez petit ?

MM : Enfant, je voulais être pompier. Je voulais sauver le monde…

CT : Quel a été votre parcours ?

MM : Je me suis orienté vers des études d’Ingénieur en Hygiène Sécurité et Environnement. J’ai fait mon diplôme d’ingénieur en apprentissage ce qui m’a permis d’acquérir rapidement de l’expérience et de développer des compétences managériales que j’ai validées par un diplôme en Management…

CT : Pourquoi et comment avez-vous évolué vers l’entrepreneuriat ?

MM : Je voulais sauver le monde… mais au final ma fonction en HSE se résolvait à énormément de paperasserie. Ce n’était pas très palpitant !  Je ne me sentais pas utile en entreprise.

A l’occasion d’un voyage au Burkina Faso, j’ai goûté du jus d’hibiscus et j’ai trouvé cela excellent. J’ai tout de suite pensé qu’il y avait quelque chose à faire pour faire connaître ce produit. Chaque fois que j’en faisais goûter à quelqu’un, la personne trouvait cela excellent… Ça a été le déclic et Natura France est née suite à ma rencontre avec mon associé, Sébastien Napol, sur le Food Camp de Grenoble…

 

« Nourrir les hommes et les nourrir bien, c’est une belle mission ! Une mission utile avec un vrai sens ! »

 

CT : Se lancer dans l’aventure entrepreneuriale n’est pas toujours aisé… Aviez-vous une âme d’entrepreneur ?

MM : Tout à fait ! J’ai toujours eu le sens du commerce. Je suis d’origine bretonne. A 8 ans j’allais vendre le produit de ma pêche sur le port.

CT : Est-ce que vous auriez-pu entreprendre ailleurs que dans l’agroalimentaire ?

MM : C’est possible, mais j’ai un tempérament assez épicurien donc j’ai sans doute été plus naturellement attiré par ce domaine-là. Nourrir les hommes et les nourrir bien, c’est une belle mission ! Une mission utile avec un vrai sens !

CT : Pourquoi avoir choisi de faire un produit Bio ?

MM : J’ai grandi à la campagne près de Bordeaux, en consommant des produits du jardin, Bio par nature. Pour moi, c’était ça, la normalité. Je n’avais alors pas conscience de ce qui était Bio et de ce qui ne l’était pas. Et puis en allant faire mes études en ville, j’ai découvert le Bio en tant que consommateur. Cela correspond à mes valeurs et à celles de mon associé : nous voulions tous les deux faire des produits sains, respectueux de la planète et qui nous ressemblent.

 

« En me lançant dans ce projet, j’ai en fait découvert la liberté d’entreprendre. »

 

CT : En quoi la création de votre entreprise Natura France et le développement de vos boissons So Free vous permettent-ils de vous réaliser ?

MM : En me lançant dans ce projet, j’ai en fait découvert la liberté d’entreprendre. Cela signifie pour moi mettre son âme dans ses produits pour faire des produits qui nous ressemblent et incarnent nos valeurs. Mais c’est aussi créer sa propre équipe, faire les choix stratégiques… On aurait pu gagner plus en faisant d’autres choix, mais ce n’était pas ce que l’on recherchait…

CT : C’est-à-dire ?

MM : Nous avons privilégié la construction d’une relation pérenne avec nos différents partenaires ainsi que l’aventure humaine et le succès collectif. Par exemple, nous avons choisi d’être distribués en magasins spécialisés et le développement des ventes s’est construit main dans la main avec nos partenaires.

Egalement, nous avons énormément peaufiné le packaging de notre produit. Notre objectif, c’est de changer l’image du Bio « moche » et peu attractif que l’on voit dans certains magasins. Etre Bio n’empêche pas d’être beau ! Pour cela, nous avons travaillé avec une communauté mondiale d’infographistes qui ont nourri de leurs influences la réflexion autour de notre identité et notre conditionnement. Cette expérience nous a permis de construire un réseau international d’infographistes, disponible H24 pour travailler sur d’autres projets ! Nous espérons ainsi changer peu à peu l’image du Bio et attirer de nouveaux consommateurs.

 

« J’avais 24 ans et les banquiers ne me prenaient pas au sérieux. »

 

CT : Comment avez-vous financé votre projet ?

MM : L’argent, c’est le nerf de la guerre ! Nous avons eu beaucoup de difficultés au départ. J’avais 24 ans et les banquiers ne me prenaient pas au sérieux. Mon âge a véritablement été un frein. C’est le Réseaux Entreprendre Isère qui nous a donné notre chance. C’est un réseau d’entreprises et non de banquiers. Ils sont pragmatiques et nous ont accordé leur confiance avec une première enveloppe. Avec cette dernière, nous avons ensuite obtenu la confiance des banquiers. Et enfin, nous avons fait appel à un Capital risqueur solidaire non intrusif. Pour ce dernier financeur, l’aspect « Bio » a véritablement pesé dans la balance.

J’ajoute que nous avons pu bénéficier de l’incubateur de l’Organic Cluster Auvergne-Rhône-Alpes et d’experts qui nous ont bien entourés au démarrage.

 

CT : Quelles ont été vos autres difficultés pour mener à bien votre projet ?

MM : Il faut construire quelque chose à partir de rien et prendre sa place. Une des étapes les plus compliquées a été le référencement. Il faut là aussi donner confiance et cette dernière se gagne petit à petit auprès des distributeurs et des centrales. Six mois pour se faire référencer par une centrale, ça paraît une éternité, mais en fait ce n’est pas si long. Il faut être patient et combatif : par petites victoires, on y arrive. Le fait que nous ayons été élus produit Bio de l’année en 2016 et 2017 nous a toutefois aidé.

 

« Je ne pense pas qu’on puisse partager les valeurs de la Bio d’une part et avoir un management qui contredise ces valeurs en interne d’autre part ; au contraire ! »

 

CT : Pensez-vous que la composante Bio influence votre management ?

MM : Nous faisons de notre mieux pour produire des produits sains et respectueux de l’environnement et pour construire un succès partagé avec nos partenaires. Le Bio et le Commerce Equitable sont importants dans notre quotidien et l’activité de notre entreprise. Cela ne se résume pas seulement à un cahier des charges ou une norme, mais convoque des valeurs, des comportements qui soutiennent une démarche plus large de Développement Durable. Mon associé qui est un grand sportif est aussi très attaché à cultiver un esprit sain dans un corps sain. Je ne pense pas qu’on puisse partager les valeurs de la Bio d’une part et avoir un management qui contredise ces valeurs en interne d’autre part ; au contraire ! Et ce, d’autant que nous avons demandé la certification B Corp dont le principe est « Ne pas être le meilleur du monde mais meilleur pour le monde. »

 

« On est plutôt dans un mode « Entreprise Libérée »

 

CT : A quoi ressemble le management chez Natura France ?

MM : Concrètement, nous sommes 5 personnes en interne. Sans cette équipe, Natura France ne serait qu’une coquille vide ! Comme nous sommes une petite entreprise, nous demandons de l’agilité, de l’adaptabilité, de l’autonomie et de la polyvalence. On est plutôt dans un mode « Entreprise Libérée » : tout le monde est responsable de tout, sauf décision stratégique ou hésitation. Avec mon associé, nous avons l’habitude de dire que nous faisons tous les métiers en « eur » : livreur, chauffeur, directeur, contrôleur…

En contrepartie, nous mettons tout en place pour faciliter le partage de l’information et la vie de nos collaborateurs et supprimer l’inutile chronophage : on utilise Slack plutôt que les emails, on supprime le papier, et on est très nomade et flexible. Cela correspond aussi au fonctionnement de beaucoup de jeunes professionnels ultra-connectés que nous sommes.

Mais le management reste, il est vrai, un challenge important sur le terrain, même si j’ai été formé en la matière. Gérer l’humain, ce n’est pas comme gérer des stocks ou des comptes.

CT : Quels sont vos projets de développement ?

MM : Nous avons de nombreux projets dans le domaine de l’apéritif et du snacking.

CT : Quelle est votre devise ?

MM : « Ne rien lâcher ! »

CT : Quelle est votre Madeleine de Proust ?

MM : Le thé vert à la menthe. Cela me rappelle le thé que ma grand-mère faisait avec la menthe du jardin. D’ailleurs, quand nous avons créé la boisson So Free, Thé-vert Menthe, c’est à ces moments précieux que j’ai repensé.

 

 

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Propos recueillis par Christelle Thouvenin pour Wonderfoodjob

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