Pascal Ottaviani, Fondateur et Directeur Général Baobab Fruit Company Senegal

Pascal Ottaviani, Fondateur et Directeur Général  Baobab Fruit Company Senegal

« Pour réussir en Afrique, il faut des années et des années d’expérience et beaucoup de patience avant de commencer à voir des résultats positifs. »

Baobab Fruit Company Senegal (BFCS) est implantée à Thiès où elle transforme le fruit du baobab entier - très riche en vitamine C, antioxydants et propriétés médicinales - en poudre et huile certifiées « biologiques » à destination de l’industrie agroalimentaire, de l’industrie cosmétique et de l’alimentation animale.

Pascal Ottaviani revient pour Wonderfoodjob.com sur ses débuts d’entrepreneurs en Afrique, sur les quatre engagements – Qualité, Sécurité, Traçabilité et Responsabilité Sociale - de l’entreprise et sur ses projets en matière de développement.

 

 

CT : Que vouliez-vous faire quand vous étiez petit ?

PO : Je voulais faire de l'informatique, et d'ailleurs, j'ai fait des études d'informatique par la suite.

 

CT : Et comment vous êtes-vous retrouvé à la tête d'une entreprise qui exploite le fruit du baobab en Afrique ?

PO : Mon père était dans l'agroalimentaire et travaillait pour différentes sociétés italiennes, belges, françaises et libanaises.

Il avait un projet qui concernait la transformation de carottes en jus de fruit. On était à la fin des années 90 et c’était la mode des jus de fruits « carotte, citron, orange ». Et donc en 98, il s'est rendu au Mali pour ce projet et s’est arrêté au Sénégal avant de rentrer en Italie. Il a découvert à cette occasion le fruit du baobab et ses propriétés. A cette époque, aucune entreprise n'avait industrialisé l'exploitation du fruit de baobab pour en sortir des matières premières, il n'y avait pas non plus de machine pour l'exploitation de ce fruit. Donc il a fabriqué une première machine pilote en Italie. En 99, mon père m'a dit qu'il souhaitait tout quitter et se dédier à la transformation du fruit de baobab. Il m'a demandé de le suivre. Je n'ai pas hésité dix secondes. Nous étions très proches. Je l'ai suivi !

On a commencé avec une petite unité dans une chambre, ici à Thiès…Mais nous avons eu beaucoup de problèmes. Nous étions des blancs, des Européens. C'était pour moi la première fois en Afrique. Nous avons investi tous les deux beaucoup d'argent et perdu également beaucoup d'argent. Nous avons envoyé un premier container de matière première issue du baobab, produit encore inconnu sur le marché, en Italie. Puis nous avons déplacé la production au Mali… où nous avons eu encore plus de problèmes ! Nous étions encore plus blancs ! Donc ensuite, nous avons fermé l’entreprise du Mali et nous sommes retournés au Sénégal en 2004 avec un peu plus de patience, un peu plus d’expertise, pas forcément agroalimentaire, mais de l’Afrique et de l’entrepreneuriat en Afrique.

Pour réussir en Afrique, il faut des années et des années d’expérience et beaucoup de patience avant de commencer à voir des résultats positifs.

En 2005, nous avons ouvert une succursale en Italie… Par ce moyen, nous pouvons vendre beaucoup plus facilement notre produit certifié biologique, HACCP (sécurité sanitaire), et kasher dans tout le monde entier. C’est beaucoup plus facile et économique aussi en ce qui concerne la gestion de la filière douanière du produit.

 

CT : De quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui, après quelques années à la tête de l’entreprise ?

PO : Ce qui nous rend particulièrement fiers, c'est de donner du boulot à 20 cadres administratifs ou logistiques. Nous avons réussi à former du personnel local à un niveau extrêmement professionnel que l’on trouve rarement ici au Sénégal. De plus, nous employons également 120 personnes au niveau de la transformation et 2000 à 2500 personnes en période de cueillette.

Par ailleurs, nous payons nos impôts et sommes très fiers de le faire !

 

CT : Combien de nationalités différentes comptez-vous au sein de votre entreprise ?

PO : Il y a principalement des sénégalais, mais également une douzaine de béninois et burkinabés, et puis nous sommes 3 italiens et une franco-italienne. Mais 90% de nos employés sont des sénégalais.

 

CT : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ou que vous avez rencontrées dans le cadre du développement de votre activité ?

PO : La difficulté majeure est, je crois, que les écoles sénégalaises ne sont pas dédiées au monde du travail. Nous travaillons avec des bac +3, bac +4, mais leurs études ne donnent pas une vraie expérience du monde du travail dans la transformation agroalimentaire. Du coup, cela nécessite d’investir beaucoup de temps, d’énergie et d’argent en termes de formation. Le bienfait de ces choix-là, c’est que nous travaillons très bien avec eux et nous communiquons aussi très bien entre nous.

L'autre difficulté que nous avons est surtout sur le plan administratif. Nous avons beaucoup, ce que j'appellerais de « faux redressements ». Cela est dû au fait que nous avons un manque de responsabilité administrative et de contrôle financier, notamment chez nos fournisseurs ou partenaires…notamment du fait d’un manque de formation professionnelle chez nos partenaires… Les taxes ne sont pas correctement évaluées et payées et cela se répercute sur notre activité. Donc il faut toujours avoir une grosse avance de trésorerie pour pouvoir faire face à ce type de situation.

Ensuite, nous avons aussi des problèmes logistiques. Les routes sont en mauvais état, il y a des pannes, des problèmes d'essence, du matériel de mauvaise qualité. Aujourd'hui, sur les marchés Africains, on ne trouve plus de bon matériel venant d'Europe. La Chine a envahi tous les marchés et propose du matériel de bien moindre qualité qu'il faut renouveler plus souvent ou réparer fréquemment. Un équipement européen censé durer une dizaine d’années n’a en fait qu’une durée de vie de 3 ou 4 ans.  Ce n'était pas comme cela avant 2004-2005. Et tout cela impacte énormément nos budgets car en fait il faut provisionner environ 20% d'imprévus chaque année, par rapport à si nous travaillions en Europe. Par exemple, auparavant, nous pouvions nous procurer des chaussures de chantier de marque qui duraient. Aujourd'hui, il faut les renouveler beaucoup plus souvent et cela nous coûte très cher.

 

CT : Vous m'aviez dit employer une majorité de femmes ...

PO : Oui, tout à fait ! Au niveau du personnel administratif, nous avons 50% de femmes. Au niveau de la transformation, elles représentent 70% des effectifs et au niveau de la cueillette, 90 %. Ce sont en général des femmes de moins de 45 ans.

Cela est dû à plusieurs choses. Tout d'abord, l’organisme IMO, un organisme suisse qui nous certifie au niveau de la Responsabilité Sociale, nous a imposé de travailler avec des femmes et plus spécifiquement avec de jeunes femmes depuis 2010. Et cela tient aussi à l’histoire de la région. Il y a 4 villages aux alentours de Thiès où nous sommes implantés et il était important que leurs habitants puissent être associés à l’activité de l’entreprise. Quand nous nous sommes implantés dans la région, les femmes sont venues prioritairement chercher du travail. Surtout les mamans. Donc quand elles arrivent, nous les formons car elles n’ont jamais travaillé en entreprise : nous leur apprenons les règles d’hygiène, le fait de devoir retirer les bijoux, de se couper les ongles et de bien se laver les mains, par exemple. C’est capital pour éviter les contaminations du produit en tous genres. Depuis 2010, IMO nous a imposé certaines tactiques pour travailler avec des femmes plus jeunes, et pas seulement les mères de famille.

Mais nous sommes nous aussi très contents de travailler avec les femmes. Ici en Afrique, elles ont un respect du travail et un sens des responsabilités très marqués parce qu’elles gèrent la famille et ont des responsabilités très jeunes, s’occupent de l’intendance et travaillent pour que leurs enfants puissent aller à l’école. Cela se retrouve dans leur travail. Par exemple, elles sont ponctuelles, fiables et respectent les échéances. On arrive aussi beaucoup plus facilement à parler avec elles et il y a globalement moins de jalousie qu’avec les hommes. Cela ne veut pas dire bien évidemment que les hommes n’ont aucun sens du travail en entreprise. Nous avons ici un collaborateur, responsable de production et père de trois filles - Amadou - qui a un grand sens des responsabilités et qui souhaite constamment progresser. Mais il est vrai que les hommes sont parfois moins attentifs aux résultats parce qu’ici, ce sont les femmes qui gèrent et qui font tourner la famille.

La semaine prochaine, Pascal Ottaviani abordera plus spécifiquement la Responsabilité Sociale, la Traçabilité, la Sécurité et la Qualité au sein de Baobab Fruit Company Senegal

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Propos recueillis par Christelle Thouvenin

Crédits photos : Baobab Fruit Company Senegal