DOSSIER - Transition professionnelle : la partie cachée de l'iceberg

DOSSIER - Transition professionnelle : la partie cachée de l'iceberg

5 - La courbe du changement choisi

Nous avons exploré les semaines précédentes les interactions entre la connaissance de soi, le courage et la transition professionnelle.

Les éclairages donnés vont nous permettre de revisiter la courbe du changement.

 

 

A - Le déni, ou quand la prise de conscience d’un décalage entre ce que l’on est et ce que l’on fait questionne et effraie

Vous avez l’impression de prendre une décision contraire à vos propres valeurs ? Vous effectuez des tâches qui ne semblent plus vraiment avoir de sens ? Vous êtes frustré(e) de ne pas voir le résultat concret de votre travail parce que vous n’êtes qu’une infime composante d’un processus ? Vous souffrez de ne pas pouvoir accorder davantage de temps à votre famille ? Vous supportez de moins en moins la vie urbaine ?  Enfant, vous vouliez être un Chef Cuisinier étoilé ; pourquoi avez-vous cédé à la pression familiale pour faire une école de commerce et vous retrouver dans la cosmétique ? Vous vous dites que vous n’êtes pas sur les bons rails ? Vous ressentez une dissonance entre la personne que vous êtes, vos valeurs, et ce que vous faites ?

Les signes d’un décalage entre ce que l’on est et ce que l’on fait peuvent être annonciateurs d’une transition profonde. Dans la courbe du changement choisi, cette première étape où l’on se rend compte d’un inconfort en raison d’un décalage ouvre la phase du déni.

La phase du déni se situe dans le champ émotionnel et peut se décomposer en quatre étapes :

  • La prise de conscience remplace ici « le choc de l’annonce » des transitions imposées. Pour autant, le choc venant de l’intérieur peut être aussi très perturbant parce qu’il questionne qui l’on est, ce que l’on attend de nous et ce que l’on fait ; c’est-à-dire notre personne et son image sociale. C’est la raison pour laquelle il va engendrer une série d’étapes douloureuses.
  • Le refus de la prise de conscience, système d’auto-défense, suis généralement le choc de la prise de conscience : l’individu se rattache à ce qu’il connaît, à ce que l’on attend de lui, aux éléments d’affect et aux zones de confort qu’il s’est emménagé dans sa situation. Le courage permettra plus tard d’accepter l’état de fait et de s’accepter tout court, en dehors des projections sociales.
  • La colère peut prendre plusieurs formes et se rapprocher du désarroi : on se rend compte que l’on s’est peut-être trompé de voie, on s’interroge…On peut aussi s’en vouloir à soi-même d’avoir pris conscience de la nécessité d’un changement qui va rendre à court et moyen termes la vie un peu plus compliquée.
  • La tristesse est une avancée dans la courbe du changement. C’est une étape du processus de deuil : on sent la fin de quelque chose.

Choc de la prise de conscience, refus, colère, tristesse … Ces premières étapes qui marquent le déni dans la courbe du changement sont teintées de douleur. D’où l’importance de bien se connaître et de travailler à sa propre individuation comme nous l’avons vu auparavant, pour avoir une vie professionnelle en phase avec ses évolutions intérieures. Mieux on se connaît, plus il est facile de reconnaître et d’assumer le besoin d’une transition professionnelle et moins le processus de changement est brutal, douloureux ou jalonné de résistances.

 

B - La résistance : la peur de perdre ses acquis et d’aller vers l’inconnu

La transition professionnelle mettra un temps plus ou moins long à s’accomplir selon les individus. Pourquoi ? Parce qu’il y a tout un ensemble d’éléments émotionnels et de freins au changement qui confortent l’individu dans sa situation. Ah, la belle époque, celle de la Dream Team dont on faisait partie ! Et ce projet particulièrement difficile accompli avec brio ! Quels bons moments passés avec les collègues pour célébrer les anniversaires ! Quels fous-rires pendant le séminaire de management ! Et puis la lettre de félicitation du Big Boss … Pourquoi changer alors que j’arrive à prendre le train de 18h15 ? Pourquoi changer alors que j’ai mon propre réseau et de l’influence ?  Pourquoi partir alors que j’ai un très bon salaire ?

Cette phase de résistance, encore très imprégnée émotionnellement, se caractérise par deux étapes :

  • La peur de l’inconnu: « Je sais ce que je quitte, mais je ne sais pas ce que je vais trouver. »
  • Le marchandage : « Changer, oui, mais sans changer trop, en conservant mes zones de confort, mes avantages… »

Il faut donc un déclic pour reconnaître la nécessité du changement, se regarder dans le miroir, se mettre en marche vers soi et basculer du côté de la raison. Le courage jouera un grand rôle dans ce basculement, et ce sur plusieurs plans comme nous l’avons déjà vu : reconnaissance de la nécessité du changement pour être en phase avec ses propres besoins, mise en marche vers la construction d’un projet et confrontation avec l’entourage et l’inconnu.  C’est le courage qui va permettre de « sortir du bois ».

 

C - L’expérimentation, ou le courage de sortir du bois

Projections, développement de contacts réseaux, recherche d’informations, transfert et acquisition de compétences… : ce sont les actions concrètes qui marquent l’implication de l’individu dans un nouveau projet. On cherche à combler les compétences manquantes, à se visualiser dans un nouveau projet, on expérimente, on se met à l’épreuve. On quitte les suppositions et les peurs pour le concret, le tangible. On se prépare à l’aboutissement d’un grand changement.

C’est donc une phase marquée par :

  • l’acceptation de qui on est et de l’objectif à atteindre
  • le réajustement de ses compétences avec son projet 

 Cette phase de travail permet de se préparer au changement effectif.

 

D - L’intégration, ou le courage de la transition professionnelle effective

C’est la phase d’engagement dans un nouveau projet après une phase d’expérimentation. On écrit un nouveau chapitre de sa vie professionnelle et le courage est récompensé par une réconciliation entre ce qu’on est et ce que l’on fait.

La semaine prochaine, nous ouvrirons la boîte à outils en matière de transition professionnelle.

CT