« … Les erreurs de casting font vaciller une petite structure comme la nôtre. »

« … Les erreurs de casting font vaciller une petite structure comme la nôtre. »

Interview de Romain Behaghel, Co-fondateur et Directeur Général de la start up Prêt à Pousser

      

Avec des champignons et des herbes aromatiques à faire pousser dans votre cuisine en suivant amoureusement leur développement jusqu’à la cueillette et la dégustation, la start-up Prêt à Pousser promet une expérience étonnante, riche, pédagogique et ré-enchante  les cuisines.

Romain Behaghel, Co-fondateur et Directeur Général de Prêt à Pousser, revient pour Wonderfoodjob.com sur son choix de travailler dans une start-up dédiée à l’alimentaire dont il évoque les défis en matière de RH et de développement.

CT : Quel métier rêviez-vous de faire quand vous étiez petit ?

RB : Je voulais travailler dans un métier en relation avec l’eau. Ingénieur hydraulique, par exemple.                   

CT : Est-ce qu’enfant vous alliez à la cueillette des champignons ?

RB : Oui, tout à fait. Je cueillais des trompettes de la mort, des mousserons, des petits gris, des sanguins, des pieds de mouton, des ceps… des bolets aussi…Tout ça, ce sont des champignons que je connais très bien. J’ai vécu enfant à la campagne et j’ai appris à reconnaître les champignons avec mes grands-parents et mon père. Aujourd’hui, je pratique encore la cueillette de champignons avec ma belle-famille.

CT : Pour quelle raison avez-vous opté pour l’entreprenariat ?

RB : Après ma formation initiale, j’ai d’abord eu une expérience dans un grand groupe qui faisait de la biorafinerie et plus précisément du pétrole à partir de bois. Je suis resté dans ce groupe 18 mois et j’ai compris que cela ne me correspondait pas. Il y avait beaucoup de monde et mon champ d’action me semblait limité car noyé dans une gestion complexe de projets de grande envergure. Du coup, je ne voyais pas directement le résultat de mon travail. Cela ne me semblait au final pas très concret.

Donc, je suis retourné à l’école et j’ai fait le MS Entrepreneurs de l’ESSEC et de l’Ecole Centrale.

J’avais l’idée de me dédier à un produit. Cela me semblait plus concret. Dès le départ, j’avais dans l’idée de développer un projet innovant avec une communication intéressante, de monter ou travailler dans une start-up parce que j’aime l’action, le risque… J’aime qu’une décision prenne effet rapidement et je trouve que c’est très gratifiant de pouvoir mesurer concrètement les résultats de son travail. Et puis aussi, le confort m’angoisse…Donc on peut dire que j’avais un terreau plutôt fertile pour l’entrepreneuriat et notamment le montage de ma start-up.

CT : Et pourquoi un produit alimentaire plutôt qu’un autre produit ?

RB : Cela aurait pu être un autre type de produit, par exemple des vêtements ou des meubles, mais l’agroalimentaire a été mon premier terrain de recherche.

En fait, le choix d’un produit alimentaire s’est fait assez naturellement car cela correspond bien à mon tempérament. Je suis gourmand, j’aime cuisiner, j’aime manger et j’aime les belles choses. Je voulais combiner tout cela.

CT : Pouvez-vous nous raconter la genèse de votre start-up ?

RB : Quand nous étions à l’Ecole, avec Jérôme Devouge, mon associé, nous avions remarqué que les mousserons poussaient bien sous le préau. Le soir même, nous nous sommes documentés sur les champignons.

Et puis nous avons entendu parler d’initiatives de personnes qui faisaient pousser des pleurotes dans du marc de café. Par la suite, nous avons constaté que beaucoup de marc de café était jeté et qu’il y avait donc un recyclage possible du marc de café en terreau pour les pleurotes.

De là est née la V1 des kits de champignons : nous avons monté un partenariat avec Starbucks pour récupérer leur marc de café. Cela nous a demandé dans un premier temps une vraie mise en place logistique avec Starbucks, que nous avons dû abandonner au bout d’un an car il y avait beaucoup de problèmes de pousse ou bien des pousses de mauvaise qualité.

Et puis, nous avons changé de méthode et la V2 des kits de champignons est née avec, en guise de substrat, de la paille pasteurisée plutôt que du marc de café. Le passage d’une méthode à l’autre a nécessité un peu de R&D et s’est fait ensuite assez rapidement, l’espace d’un été. Je dirais donc que les premiers défis auxquels nous avons été confrontés étaient des défis techniques.

En ce qui concerne le marketing, les choses ont suivi assez naturellement. On a des idées, une bonne vision de notre produit…

Avec LILO, notre nouveau produit, nous faisons également face à un challenge technique. Il s’agit d’un potager d’herbes aromatiques qui se met dans la cuisine et là aussi il faut bien comprendre ce dont la plante a besoin pour pousser et se développer. Passer des champignons aux plantes a nécessité une vraie adaptation et des compétences d’ingénieurs agronomes. Donc chez Prêt à Pousser cohabitent trois types de profils. Nous avons tout d’abord des profils « Agro » pour tout ce qui est technique et R&D. Nous avons ensuite des profils de « geeks » pour ce qui concerne le développement web. Et enfin, nous avons des profils issus d’Ecoles de Commerce, qui (sont plutôt nos communicants) travaillent sur l’acquisition web, le commercial et la communication.

CT : En quoi ce projet vous rend-il particulièrement fier ?

RB : Avec nos produits, ce que nous souhaitons apporter, c’est de l’étonnement dans la cuisine. J’aime recevoir des photos de parents avec leurs enfants, fiers de leur botte de pleurotes. Avec LILO, c’est la même chose, ce que l’on vend, c’est une expérience de pousse, un côté affectif avec le produit que le client fait pousser lui-même et peut ensuite partager fièrement avec ses invités. On créée une relation entre le client et son produit, on rajoute du lien. On fait rentrer l’affect dans l’alimentaire avec un petit « effet tamagotchi » qui est d’aller tous les jours arroser ses champignons et constater leur développement.

En fait, ce dont je me sens particulièrement fier, c’est de rendre les gens fiers d’eux-mêmes à travers une expérience riche, étonnante, pédagogique parfois.

CT : Il existe d’autres entreprises proposant des champignons en kit. Sur quoi repose votre différenciation ?

RB : Tout d’abord, nos produits sont certifiés bio et donnent de belles récoltes de pleurotes : au moins 2 récoltes garanties. Aussi, avec nos produits, nous pouvons avoir plusieurs angles de communication : Prêt à Pousser, c’est bio, c’est graphique, c’est intéressant, c’est ultra frais… Là où d’autres entreprises communiqueront plutôt sur l’agriculture urbaine et l’économie circulaire, nous avons choisi de communiquer plutôt sur le plaisir, l’étonnement, la fraîcheur.

CT : Comment voyez-vous votre entreprise dans 2 ans ?

RB : Dans 2 ans, je nous imagine avec une gamme de produits plus large. Nous proposerons trois espèces de champignons supplémentaires ainsi que des herbes aromatiques telles que la capucine, l’aneth, la sauge et enfin, des tomates-cerises. Dans 2 ans, nous serons également en Allemagne, en Angleterre et en Italie.

Et puis à l’horizon de 5 ans, nous proposerons des légumes, la plupart des légumes couramment consommés.

CT : Quelle est la moyenne d’âge de vos salariés ?

RB : Ils ont tous entre 22 et 29 ans.

CT : Faut-il forcément être jeune pour travailler dans une start-up ?

RB : Non, c’est l’état d’esprit qui importe. Mais il est vrai que cet état d’esprit là se rencontre davantage chez des jeunes parce que l’expérience n’a pas encore « cloisonné » les esprits qui du coup sont plus enclins à tester, innover, oser… La naïveté fait qu’on tente des choses que l’on ne tenterait pas plus tard par analogie à d’autres échecs. L’énergie et la disponibilité de la jeunesse est plutôt une bonne chose pour une start-up parce qu’on ne compte pas ses heures et que l’on touche à tout. Mais il est vrai en retour que la jeunesse, l’inexpérience fait parfois faire des bêtises qu’un sénior aurait évitées ou détectées en amont.

Pour l’instant, nous n’avons pas la possibilité d’engager une personne qui aurait 10 ans d’expérience, mais quand la boîte va grossir, se structurer, nous devrons nécessairement embaucher des profils plus expérimentés pour nous accompagner dans l’aventure.

CT : Quels sont vos principaux défis en matière de RH ?

RB : Je dirais que le défi le plus important est celui qui consiste à bien embaucher. Il ne faut pas se tromper car cela coûte cher et les erreurs de casting font vaciller une petite structure comme la nôtre. Donc l’embauche est le plus gros défi.

Ensuite, le challenge est celui de la motivation. Nourrir et maintenir la motivation des collaborateurs car on travaille énormément dans une start-up, avec du stress et des salaires qui sont moindre que ceux proposés par le marché. Il faut donc trouver chez chacun  ce qui motive et apporter en échange du travail fourni un environnement qui permette à la personne de s’épanouir, de se développer, de grandir, bref d’y trouver son compte. Les jeunes qui choisissent de travailler dans des start-up, font le choix de l’innovation, de l’aventure humaine et des valeurs portées par un projet. A nous d’être attentifs à leurs besoins en retour.

Par exemple, nous avons un collaborateur qui va nous quitter pendant 6 mois pour suivre sa compagne qui part faire un semestre d’étude en Italie. On va tout faire pour le réintégrer à son retour parce que c’est une personne qui s’est énormément investie et sur laquelle nous avons pu compter.

Ensuite, dans l’avenir, notre défi sera aussi de bien accompagner la croissance de l’entreprise. Nous avons déjà une hiérarchie à deux niveaux. En grossissant, nous aurons certainement plus de process, un peu moins de proximité relationnelle, mais j’aimerais que l’on puisse garder notre ADN de start-up, comme certaines boîtes ont pu le faire.

CT : Quelle est votre Madeleine de Proust ?

RB : Des quenelles faîtes maison avec une sauce tomate, des olives et des trompettes de la mort ! Cela me rappelle les déjeuners d’hiver le dimanche midi chez mes grands-parents. Les trompettes de la mort avaient été cueillies séchées et mises en bocaux  pendant l’automne. …

Propos recueillis par Christelle Thouvenin pour WONDERFOODJOB.COM, site emploi-recrutement dans l'agroalimentaire