L'alimentation reprend du galon !

L'alimentation reprend du galon !

 

Alors que nous vivons une crise sanitaire inédite, la filière agroalimentaire, souvent critiquée et green-bashée sans nuance ni modération, semble être passée d’un statut de « domestique invisible » à celui de « sauveur ». L’alimentation reprend du galon dans la gestion des priorités nationales, domestiques et personnelles… Et si la filière traversait toute la pyramide de Maslow ? 

 

Changement de regards sur l’agroalimentaire

Avec le Covid19, les regards ont changé concernant l’agroalimentaire. 

Les politiques encouragent, mobilisent et remercient l’engagement de toutes nos filières alimentaires qui continuent à fonctionner malgré le confinement pour assurer un besoin essentiel des Français : se nourrir. Contexte oblige, les productions locales sont privilégiées, revalorisées.

Le grand public - qui avait un peu oublié à quel point l’offre est variée et accessible en France - s’est dans un premier vent de panique rué dans les supermarchés et les marchés pour faire des provisions de guerre. Désormais, l’alimentation rythme les quotidiens confinés : sorties brèves et distanciées pour l’achat de produits essentiels ; préparation et partage des repas avec l’occasion donnée d’inventer et d’essayer de nouvelles recettes…

Les médias évoquent davantage les efforts mis en œuvre par toutes les filières alimentaires, les chaînes agroindustrielles et les initiatives solidaires unies dans un même objectif : continuer à nourrir les Français et les personnes vulnérables en évitant l’anxiété du manque génératrice de désordres de l’ordre public.

 

De « domestique invisible » à « sauveur »

Quant aux entreprises alimentaires et agroalimentaires, elles font partie des rares secteurs à pouvoir fonctionner en cette période de confinement. Et elles font de leur mieux pour permettre aux Français de manger. 

Elles doivent pour cela parfois revoir leurs chaînes d’approvisionnement ; leurs organisations ; leurs conditions de travail avec des effectifs réduits et variables et de lourdes contraintes sanitaires… Bien sûr, il y a aussi les maraîchers privés de marchés  ; les agriculteurs qui perdront leur production faute de main d'œuvre ; les restaurateurs qui ont dû fermer leurs salles ; les entreprises agroalimentaires contraintes de fermer par manque de personnel, de matières ou d’emballages…

Mais, on ne peut pas nier que de la production à la distribution, les professionnels des secteurs alimentaires, en 2ème ligne, font leur maximum pour que la Vie continue. Les débats sur la répartition de la valeur et la pression de la grande distribution ne semblent plus de mise. Déployant des trésors d’énergie et d’innovation, toute la filière semble au diapason pour satisfaire les besoins d’une population dont la majorité n’a aucune idée du manque.

D’une sorte de « domestique invisible », l’agroalimentaire est passée, juste après les soignants, à un statut de « sauveur » en permettant aux Français de redécouvrir les besoins essentiels. 

 

L’alimentation dans toute la pyramide de Maslow ?

Ce faisant, c’est un peu comme si la plupart des Français redécouvraient la controversée pyramide de Maslow, qui hiérarchise nos besoins et explique nos motivations. Les besoins d’estime sociale et d’accomplissement personnel d’avant la crise se seraient-ils un peu effacés ou transformés au profit de besoins plus prioritaires chez nos concitoyens ?

Évidemment, la filière alimentaire satisfait nos besoins physiologiques comme la faim et la soif, chose que beaucoup viennent de redécouvrir.

Elle joue aussi un grand rôle dans la satisfaction de nos besoins de sécurité dans cette situation anxiogène, en évitant les pénuries génératrices de stress et de désordres.

Est-il fou de prétendre que l’alimentation interviendrait dans la satisfaction des besoins d’affection et d’amour ? Cela se matérialiserait par le réconfort, le partage et l’attention portée à l’autre via l’alimentation. En cette période de Covid19, force est de constater que cette dimension semble prendre davantage d’importance, notamment au travers du développement de nombreuses initiatives solidaires. Certains restaurateurs ont ainsi apporté des repas gratuits aux soignants et aux SDF pour valoriser tous leurs stocks. Des groupes de jeunes s’organisent pour faire les courses de personnes âgées ou isolées. D’autres récoltent des dons pour constituer des paniers repas pour les soignants et les plus vulnérables. De nombreuses entreprises agroalimentaires ont fait des dons de masques et gel hydroalcoolique à des hôpitaux…

Est-il tiré par les cheveux d’imaginer que l’alimentation contribuerait aussi à assouvir les besoins d’estime (confiance et respect de soi, reconnaissance et appréciation des autres) ? On peut ici évidemment mentionner les besoins d’estime des professionnels de la filière agroalimentaire, peu habitués à des marques de reconnaissance. Mais on peut aussi évoquer les besoins d’estime de tout un chacun parce que bien se nourrir et bien nourrir ceux que l’on aime, leur faire plaisir en cuisinant et être reconnu et apprécié en retour prend plus de valeur actuellement. 

Enfin, est-il présomptueux de penser que la question de l’alimentation, au cœur de très nombreux enjeux - et plus largement la crise du Covid19 et le changement de paradigme que nous vivons actuellement - pourraient ouvrir des portes à de nombreuses personnes en quête de sens et d’accomplissement ? 

L’alimentation traverse la pyramide de Maslow en satisfaisant bien plus que des besoins physiologiques. Cela renforce d’autant plus son rôle vital et structurant dans nos sociétés humaines que la façon dont nous nous nourrissons fait de nous des humains. Des êtres qui ont organisé et développé leurs sociétés autour de l'élevage et l'agriculture (parfois, malheureusement, avec excès) pour se libérer d'un besoin quotidien vital : celui de se nourrir. Des êtres capables de cuire des aliments et de les associer pour satisfaire leur plaisir et celui de leur entourage familial et social. Des êtres chez qui l’alimentation, c’est la nutrition ; le plaisir ; le partage ; la création ; la culture ; la gastronomie ; le mode de vie ; la religion… Des êtres qui découvrent pour certains que l’alimentation, c’est aussi l’éthique ; le respect de la biodiversité ; la préservation des ressources et des espèces ; l’environnement ; le climat… 

 

L’alimentation, c’est la Vie ; depuis son maintien et parfois jusqu’à son accomplissement. Si, « rien ne sera plus comme avant » à l’issue de cette crise, espérons que l’industrie agroalimentaire récupèrera la valeur, l’intérêt, le soutien et la reconnaissance qui lui font tant défaut depuis de nombreuses années…et qui sont aussi des moteurs de sa transformation.

 

Image par Gerald Friedrich de Pixabay 

Christelle Thouvenin pour Wonderfoodjob