Les vertus du bon sens scientifiquement prouvées pour préserver la santé et protéger les talents en entreprises

Les vertus du bon sens scientifiquement prouvées pour préserver la santé et protéger les talents en entreprises

Et si le bon sens était le meilleur des médicaments pour préserver la santé et protéger les talents en entreprise ?

 

C’est ce que nous a démontré le Pr Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’université Paris-7 et chef de service des départements de psychiatrie et d’addictologie de plusieurs hôpitaux parisiens.

Invité de La Commission Talent Management à l’ANDRH le 13 avril dernier, l’auteur de l’ouvrage « Tout déprimé est un bien portant qui s’ignore » a donné à travers une ordonnance de santé simple, sans démarche compliquée et validée scientifiquement, des clefs concrètes pour permettre à chacun d’utiliser ses propres leviers pour cultiver une bonne santé générale.

Aux organisations de s’en inspirer pour préserver et développer leurs talents !

Dédramatiser les sujets « psy »

Pour commencer, le Professeur Lejoyeux insiste sur la nécessité de dédramatiser les sujets « psy », qui sont encore souvent entachés de honte et font l’objet de tabous. Qu’il s’agisse de santé psychique ou de la santé physique, c’est la santé dans son ensemble qu’il faut appréhender car ces deux composantes sont liées.

En France, nous confondons les émotions et les maladies et nous aimons les constats alarmants. Cela explique que nous soyons le pays le plus consommateur d’antidépresseurs, alors que paradoxalement, les vrais déprimés ne sont pas traités.

Il faudrait apprendre à ne pas tout médicaliser et notamment les émotions qui sont des fonctions de protection et qui se concrétisent différemment selon le genre. Par exemple, face à une même source d’émotion, si les femmes pourront se mettre à pleurer alors que les hommes auront une accélération de la fréquence cardiaque.

Enfin, si notre corps nous a été livré sans mode d’emploi, chacun d’entre nous possède de vrais leviers d’action pour vivre plus heureux et en meilleure santé. Des leviers simples, plein de bon sens et scientifiquement prouvés pouvant également améliorer la santé au travail. Par exemple, en matière de santé psychique, deux hormones ont une influence déterminante sur notre santé. La première, la sérotonine, est une hormone responsable de la bonne humeur. La deuxième, la noradrénaline, provoque le stress. La bonne nouvelle, c’est que ces hormones sont à notre portée : agir sur le comportement et le mode de vie permet de développer une certaine résilience et de prévenir les problèmes de santé, notamment chez les jeunes talents.

 

Mais à quoi les jeunes talents sont-ils particulièrement exposés ?

Le premier risque auquel sont exposés les jeunes talents, sont les addictions sous toutes leurs formes.

On pense naturellement au tabac, à l’alcool, aux médicaments, aux stimulants, au cannabis, aux tranquillisants, et aux mélanges détonants de toutes ces substances. Mais ces dernières années, de nouveaux phénomènes sont venus accroître ces risques d’addiction chez les jeunes générations.

Tout d’abord, le développement des « afterworks » - on va boire un verre et fumer en soirée après le travail ou dans le cadre d’un networking - ; ou du « binge drinking » - cuite expresse avec l’absorption rapide d’une grande quantité d’alcool - sont venus accentuer le risque d’alcoolisme, de tabagisme et de dépendance à d’autres substances. Or, il est scientifiquement prouvé que la production de sérotonine, si elle est favorisée avec un ou deux verres d’alcool, s’inverse au-delà.

Par ailleurs, l’addiction à Internet chez les générations qui n’ont pas connu de monde non connecté se concrétise par le syndrome de la messagerie, le besoin de connexion absolu avec un monde virtuel, quitte à parfois s’isoler du monde réel. Cette addiction à Internet est un des facteurs aggravant du « work-alcoholism », c’est à dire de la dépendance au travail - souvent socialement encouragée - parce qu’elle ne permet pas à l’individu d’avoir une rupture entre son temps professionnel et son temps personnel et encourage même le présentéisme en entreprise. Cette imbrication des temps privés et professionnels est aussi aggravé par l’utilisation des réseaux sociaux.

Face à ces addictions, certaines organisations mènent des campagnes de sensibilisation en faisant parfois appel à des associations, ou peuvent être emmenées par exemple à couper les messageries professionnelles à partir d’une certaine heure pour que les collaborateurs puissent se ressourcer et s’oxygéner en dehors du temps de travail.

Mais chacun dispose également de moyens très efficaces pour préserver la santé et cultiver son bonheur.

 

Pensée-Vie-Cerveau : mode d’emploi du tiercé gagnant !

Le Professeur Lejoyeux évoque le PVC -  Pensée-Vie-Cerveau - un tiercé gagnant qui peut permettre à chacun d’agir pour sa santé et son bonheur. « Il est difficile de trouver le bonheur en nous, dit-il, mais il est impossible de le trouver ailleurs ».

Adopter des manières de penser qui nous protègent

En ce qui concerne la Pensée, tout d’abord, il explique que l’on a des manières de penser qui abîment et d’autres qui protègent.

Ainsi, la manière de penser va permettre de développer la protection et la résilience.

La première chose est d’adopter un mode de raisonnement nuancé. C’est ce que le Pr Lejoyeux appelle « l’effet vodka », en opposition à « l’effet anisette ». Explication : une goutte de vodka dans un verre d’eau va amener un peu d’amertume sans toutefois troubler l’eau ; comme une mauvaise nouvelle ou un élément négatif dans une période de la vie ou une journée, l’amertume passera sans atteindre tout le reste. Au contraire, une goutte d’anisette dans un verre d’eau va complètement troubler l’eau : c’est la métaphore de la nouvelle ou de l’élément négatif qui brouille l’horizon entier chez les personnes qui ont tendance à raisonner en « tout ou rien ». Cette façon de penser, facteur de fragilité, est terriblement pathogène et ne permet pas à l’individu de se construire des réserves ou une base de résilience.

Dans la manière de penser, il est également important de bannir la culpabilité, la nostalgie ou encore le perfectionnisme, sources de stress et de frustration et base d’un masochisme moderne qui fait par exemple le bonheur des « régimes Détox ».

Sortir des automatismes de certains collectifs de travail et du « on fait aller » politiquement correct ; être capable de bloquer sa pensée pour s’autoriser à être heureux alors que le contexte ne s’y prête pas ; penser différemment, positivement, contre un vent général …sont aussi des composantes de l’individuation. Ce faisant, l’individu se construit en se constituant des réserves de protection et de résilience.

Adopter des comportements sains aux effets scientifiquement prouvés

Associé à la Pensée, la Vie, c’est à dire les comportements que l’on adopte dans la vie quotidienne sont aussi un levier pour préserver la santé. Les conseils plein de bon sens qui suivent sont tous scientifiquement prouvés.

La bonne humeur et la sagesse sont les meilleurs des médicaments : elles permettent de diviser par trois le risque d’infection, d’addiction et de burn-out, diminue la glycémie de 0,2 g/l ainsi que la tension.

De plus, une attitude visant à exprimer sa gratitude plutôt qu’à regretter ce que l’on n’a pas change radicalement la façon d’aborder la vie. Tout comme le fait de sourire qui envoie des signaux de bonne humeur directement au cerveau.

De même, les effets bénéfiques de la musique sont scientifiquement prouvés sur la santé. On parle ainsi de l’effet Mozart : 20 minutes /jour d’écoute de Mozart (Sonate pour deux pianos) dans un fauteuil fait pousser les nerfs et rajeunit le cerveau.

Enfin, les effets du végétal sur la santé ont été objectivement démontrés. De manière général, tout ce qui reconnecte l’homme à la nature, les gestes éco-responsables ont un effet antidépresseur.

L’activité physique augmente la production de morphine cérébrale, ainsi que la mémoire, la concentration et la créativité. L’exercice idéal serait de faire de courir et de faire de grands mouvements de balancement avec les bras pendant 45 minutes et ce, trois fois par semaine.

Il y aurait même un menu de la bonne humeur à base d’aliments « psychobiotiques » permettant au tube digestif de fabriquer de la sérotonine. L’information a été publiée par Psychiatry Research en 2015 qui plébiscite les aliments suivants : les cornichons, les yaourts, la choucroute et le poisson !

Equilibrer les émotions et la raison 

Après la Pensée et la Vie, le Cerveau est aussi un levier intéressant pour protéger sa santé. Souvent contraint par l’éducation qui sacrifie la créativité à la performance académique, le cerveau peut être développé et avoir une influence sur notre santé, pour peu qu’on lui laisse du temps et qu’on l’alimente.

Siège de la réflexion (cortex) et des émotions (grelot), le cerveau ne peut gérer ces deux aspects simultanément. L’avantage, c’est que les zones peuvent agir l’une sur l’autre. La raison peut venir tempérer un échec ou de la tristesse. Inversement, le plaisir peut aussi justifier une décision peut raisonnable.

C’est donc sur cette phrase que s’est achevée la conférence du Pr Lejoyeux : « Suis ton cœur, mais prends ton cerveau avec toi ! »

Christelle Thouvenin