Fanny Ferreira, étudiante à AGROCAMPUS OUEST

Fanny Ferreira, étudiante à AGROCAMPUS OUEST

« … En partant faire mon stage en Thaïlande, j’ai appris énormément de choses sur moi-même qui m’aideront plus tard dans ma vie professionnelle… »

Lors du salon Food Ingredients Europe qui s’est tenu à Paris en décembre, nous avions rencontré Vasan Rattananupap, Président de la société Mighty, société Thaïlandaise qui fabrique des ingrédients et assaisonnements en poudre.

Vasan Rattananupap nous avait paru être tellement fier de sa stagiaire française Fanny, que nous avons décidé de la rencontrer et de l’interviewer pour Wonderfoodjob.com !

Etudiante en 4ème année Agroalimentaire à AGROCAMPUS OUEST, Fanny Ferreira est d’origine portugaise et réunionnaise. Elle nous parle avec beaucoup d’enthousiasme de son parcours et de son expérience chez Mighty, en Thaïlande.

 

CT : Pourquoi avoir choisi une formation en agroalimentaire ?

FF : Au départ, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. J’ai passé un bac S que j’ai eu avec mention bien en 2012 et puis au moment de choisir une orientation, je me suis connectée à « Admission Post Bac », un peu perdue.

Pendant ma scolarité, j’ai voulu être ambassadrice, puis psychiatre et j’ai découvert - un peu au moment de choisir une orientation - les métiers de l’agroalimentaire. J’ai été curieuse d’en savoir un peu plus car il est vrai que moi-même j’aime bien cuisiner. J’ai des racines portugaises et réunionnaises et d’un côté comme de l’autre de ma famille, il y a une vraie identité culinaire.

J’ai choisi AGROCAMPUS OUEST parce que je ne souhaitais pas faire de « classe prépa » et donc j’ai plutôt opté pour une « prépa intégrée ». Par ailleurs, mon choix a aussi été déterminé par le fait que les stages sont assez nombreux pendant la formation, si bien qu’en 5 ans, les étudiants cumulent une expérience professionnelle de 18 mois.

Par exemple, avant de commencer la première année, il y a un premier stage obligatoire dans une exploitation agricole. Ensuite, j’ai effectué un deuxième stage en Ecosse… En troisième année, j’ai pu bénéficier d’un stage assez complet chez Tipiak PCS dans le service Qualité Produit. Et puis en septembre, je suis donc partie en Thaïlande.

CT : Pourquoi la Thaïlande et pourquoi Mighty ?

FF : Mighty propose depuis au moins trois ans des stages à l’Ecole. J’étais intéressée car je voulais partir en Asie du Sud Est. J’étais partie quelques temps auparavant en Inde et j’avais beaucoup aimé cette expérience. Le stage en marketing chez Mighty avait l’air intéressant et il est vrai que l’entreprise, en proposant un hébergement, offrait des conditions d’accueil assez pratiques. J’ai pris contact avec le précédent stagiaire pour avoir davantage de renseignements et j’ai envoyé ma candidature. J’ai eu un entretien via Skype avec le Président de l’entreprise et j’ai été acceptée.

CT : Quelle est l’activité de l’entreprise ?

FF : Mighty est une entreprise Thaïlandaise spécialisée dans les ingrédients alimentaires destinés à l'industrie agroalimentaire. En plus de produire des ingrédients (assaisonnement, condiments, lait concentré, crème fouettée ...) sous forme de poudre et de pâte, Mighty produit des huiles culinaires infusées. De plus, Mighty se positionne en tant que partenaire d'affaire auprès de ses clients étrangers en proposant leurs produits sur le marché thaïlandais.

L’entreprise emploie environ 200 salariés, en majorité thaïlandais, mais compte aussi un employé hollandais et accueille souvent des stagiaires et des VIE étrangers.

CT : En quoi votre stage consistait-il ?

FF : Mon stage était organisé autour de deux missions menées entre le 4 août et le 18 décembre.

La première concernait la traduction du site Internet en français et en espagnol.

La seconde consistait en la préparation du salon Food Ingredients Asia qui s’est tenu les 9, 10 et 11 septembre. Sur le salon, je représentais principalement la marque Maharaj. C’était pour moi une très bonne expérience et l’équipe était assez fière d’avoir une stagiaire française.

La vice-présidente et le directeur de l’usine n’hésitaient pas à me présenter aux prospects et aux clients ce qui était très valorisant et leur donnait du même coup une portée internationale.

CT : De manière générale comment se sont passées les relations avec les autres employés de l’entreprise ?

FF : Disons que je sentais que j’avais une place un peu à part du fait que je travaillais directement avec le Président de la société.

En Thaïlande, les rapports hiérarchiques sont extrêmement marqués et les employés saluent systématiquement leur supérieur, a fortiori le Président – quand il passe dans l‘entreprise.

J’ai, en outre, été assez frappée par la ponctualité, l’enthousiasme et la courtoisie des Thaïlandais.

Par ailleurs, il est vrai aussi que sur les équipes support, seules 2 ou 3  personnes parlaient un anglais correct, et donc il a fallu que je comprenne les autres personnes et que je me fasse comprendre. Ce n’était pas évident parce que les intonations ont beaucoup d’importance dans la langue thaïlandaise et peuvent complètement changer la signification d’un mot. Mais au-delà de cela, j’ai senti un environnement bienveillant autour de moi. Par exemple, tout le monde s’est inquiété pour ma famille quand il y a eu les attentats en France. On m’a aidée à m’installer et à trouver mes premiers repères dans la ville. Tout le monde me faisait goûter les plats typiques.

CT : Et justement, quelles ont été vos découvertes culinaires ?

FF : Alors, je précise, que bien que d’origine portugaise et réunionnaise, je ne suis pas particulièrement portée vers les plats épicés. J’ai toutefois découvert la Papaya Salad, pas mal de plats à base de nouilles et de riz revenu(es) dans de la matière grasse avec du porc, des crevettes ou du crabe. Il y avait par exemple un plat à base de riz sec et de porc, de l’ail et des herbes à mélanger sur lequel on rajoutait de la fish sauce. Il y a aussi le massaman qui est un plat à base de pomme de terre avec une sauce curry-noix de coco…

Quant aux desserts, ils sont très colorés. Il y a de nombreuses sortes de beignets très sucrés avec de la crème aux couleurs très vives. Ce sont des crèmes à base de fleurs, mais c’est vrai que c’est un peu déroutant pour nous - français - car nous associons cela à du « chimique ». Il y a aussi des gelées de toutes les couleurs. Elles sont parfois consommées dans du thé.

Ce qui est très différent également, c’est que les Thaïlandais ne cuisinent en fait pratiquement pas. L’offre est variée et très bon marché à l’extérieur alors la plupart des gens achètent leur nourriture dans la rue et peu d’appartements disposent en fait d’une vraie cuisine. Par ailleurs, tout est préparé pour être consommé facilement, tout est émincé, de sorte que les Thaïlandais, n’utilisent pas de couteau. Ils se servent d’une cuillère et d’une fourchette et c’est en fait très pratique !

Enfin, les Thaïlandais mangent tout le temps ! Le poids n’est d’ailleurs pas un tabou. On m’a fait remarquer une fois que j’avais pris du poids ! Cela fait étrange car en France, la plupart du temps, ce n’est pas un compliment. En Thaïlande, c’est un fait dont personne ne s’offusque. Tout le monde parle assez librement du poids comme on parle ici du temps qu’il fait.

CT : Est-ce que d’autres choses vous ont surprise dans le cadre de cette expérience ?

FF : Mon expérience est un tout qui m’a beaucoup appris sur nos différences culturelles avec les Thaïlandais.

Par exemple, j’ai été surprise, la première fois que je suis allée au cinéma, que le film débute par un petit film sur le Roi et la Reine. Tout le monde se lève et est très respectueux de la monarchie qui fait partie intégrante de la vie des gens. Toute critique sur le sujet est assez mal venue, c’est un sujet tabou. Ensuite, les couples sont extrêmement pudiques. On ne voit pas par exemple un homme et une femme s’embrasser dans la rue. De même cette pudeur s’exprime dans l’aspect vestimentaire car les femmes ont souvent des hauts qui montent assez haut, (même si elles n’hésitent pas à mettre des shorts très courts !).

CT : Et si vous pouviez faire un bilan de cette expérience ?

FF : C’est une expérience qui m’a appris énormément sur moi-même du fait de la confrontation avec une autre culture, et ce, bien au-delà du domaine de l’agroalimentaire.

Notamment, j’ai appris que je ne suis pas si aventurière que je le pensais et que j’ai besoin de me sentir en sécurité, d’avoir un cadre et un certain confort. Par exemple, je ne pourrais pas partir à l’aventure sans savoir où je dormirai le soir même. Ensuite, j’ai dû me dépasser pour construire une relation avec les gens, me faire comprendre, aller à leur contact.

C’était une expérience humainement extrêmement riche !

Propos recueillis par Christelle Thouvenin