Emballage alimentaire : des innovations qui nous emballent !

Emballage alimentaire : des innovations qui nous emballent !

Pratique, informatif, robuste, léger, mono matériaux, bio-sourcé, intelligent, compostable, attractif, refermable, anti-gaspillage, recyclable, économique, connecté, transparent, design… qu’il est difficile d’être un emballage alimentaire parfait !

Mais fort heureusement, c’est dans la contrainte que naissent les bonnes initiatives et l’innovation ! Entre la raison d’être des emballages alimentaires, les besoins des consommateurs, les obligations réglementaires, et bien sûr, les préoccupations environnementales, se dessinent plusieurs pistes d’innovation qui répondent à plusieurs prérequis.

Afin de partager avec vous ces enjeux et innovations des industriels de l’emballage, Wonderfoodjob.com revient sur l’atelier « L’emballage alimentaire de demain » qui s’est tenu à l’ANIA le 28 janvier dernier.

 

 

L’alimentaire sans emballage, ça vous emballe ?

Imaginez un monde sans emballage alimentaire. Les denrées seraient présentées dans des bacs et les gens se serviraient. Ils mettraient le gruyère râpé dans leurs poches, la crème fraîche dans des bols, les tranches de jambon à cheval sur le rebord du caddy… Les produits alimentaires seraient à la merci des éternuements, mains sales, bactéries et virus de toute sorte. Ils ne seraient pas conservés ni protégés. Et comment les transporter ?

La vidéo de la société Elipso résume par l’absurde la nécessité de l’emballage alimentaire dont les bénéfices sont multiples : protéger le produit, permettre sa conservation, permettre sa manutention et son transport, apporter des informations au consommateur, permettre au consommateur de consommer et conserver le produit par sa praticité et sa refermabilité, et bien entendu, promouvoir et mettre en valeur le produit et sa marque.

Multifonction, l’emballage est à la croisée de plusieurs enjeux qui tirent l’innovation.

 

Des enjeux complexes

Le consommateur : des attentes nombreuses et parfois contradictoires

 

Du côté des consommateurs, tout d’abord, s’expriment des besoins très variés comme l’a indiqué Jean-Christophe Boulard, Délégué Général d’Atlanpack.

Echaudé par les crises sanitaires de ces dernières décennies (vache folle, grippe aviaire, lasagne au cheval, graines germées contaminées…), de plus en plus concerné par les problématiques environnementales, le consommateur est d’autant plus attentif à ce qu’il achète même si ses besoins sont parfois contradictoires. Et dans ces arbitrages difficiles, l’emballage jouerait un rôle croissant.

Ainsi, en plus des attributs habituels de l’emballage cités plus haut, le consommateur en attend un supplément de praticité qui concerne tant la refermabilité, la délivrance de la bonne dose au bon endroit, la conception anti-gaspillage que l’adaptation du conditionnement au mode de vie. Vous aurez ainsi l’occasion de lâcher lors de votre prochain dîner que vous êtes attentif à la « cuillérabilité » de votre yaourt. Ne riez pas, le mot existe vraiment ! Il s’agit de la capacité d’un emballage à permettre au consommateur d’en retirer facilement le contenu avec une cuillère. C’est le mot qui explique les milliards investis par certains industriels pour passer de pots de yaourts à fond arrondi « anti-gaspillage » plutôt que carré… L’argument anti-gaspillage alimentaire vient aussi justifier une adaptation des conditionnements aux modes de vie, quitte à produire paradoxalement davantage d’emballages et donc de déchets. On trouve ainsi des conditionnements « spécial sénior », « spécial célibataire », adapté aux contraintes religieuses, au nomadisme ou au « homadisme » où chacun consomme son propre repas à la maison, faisant fi du traditionnel repas familial.

 

Mais parce que l’emballage permet d’identifier un produit et donc d’affirmer un choix par rapport à un autre, les attentes du consommateur vont bien au-delà de la praticité plurielle. L’emballage doit lui procurer un plaisir sensoriel par ses matières, textures et couleurs. Il doit être porteur d’un terroir, d’une identité, d’une authenticité et par là-même consolider les choix du consommateur sur une marque plutôt qu’une autre et asseoir sa propre identité.

Ce n’est pas tout, l’emballage doit être étonnant, connecté à des bibliothèques de données permettant de compenser la baisse drastique de surface imprimable alors que les exigences réglementaires d’affichage sont de plus en plus importantes en matière d’informations nutritionnelles et traçabilité, que le marketing souhaite afficher la petite recette qui va bien et que le consommateur est plus que jamais en demande d’informations sur ce qu’il ingère !

Que d’attributs nécessaires pour un contenant d’une durée de vie aussi courte ! Confronté à l’élimination quotidienne de ses emballages alimentaires, le consommateur ne peut faire l’impasse sur le caractère écologique et recyclable des emballages des produits qu’il achète.

C’est le deuxième grand défi auquel sont confrontés les industriels et la société toute entière.

 

L’environnement au cœur des préoccupations

Car à l’autre bout de la chaîne du produit et de son emballage, il y a la réalité des déchets et la nécessité absolue de diminuer leur impact sur la planète. Cela passe notamment par le tri, la récupération des déchets et leur recyclage. Un processus complexe que nous aborderons ici à travers le rôle d’Eco-Emballages.

Le rôle d’Eco-Emballages, entreprise privée créée il y a 20 ans et agréée par l’Etat pour organiser le dispositif national de tri et de recyclage, est particulièrement révélateur du défis environnemental que représentent les emballages alimentaires, comme l’a expliqué Maryon Pailleux, Ingénieur Matériaux au Département Recyclage. Un défi adressé à la fois aux entreprises, collectivités et citoyens avec lesquels Eco-Emballages travaille sur différents axes.

Ainsi, le travail d’Eco-Emballages avec les entreprises, adhérentes à 98%, porte notamment en amont sur la fabrication d’emballages recyclables ou éco-conçus, mais également sur la sensibilisation du consommateur au tri à travers une information sur l’emballage et des campagnes de communications.

 

Concernant les collectivités locales, les efforts portent notamment sur l’optimisation du système de collecte  avec une refonte majeure en cours et une réflexion sur l’apport volontaire des déchets qui ferait faire d’énormes économies en termes de logistique. Les 240 parcs de tri sont assez anciens et leur organisation est en cours de réflexion avec peut-être la création de parc de tri et de sur-tri et la révision de certaines normes.

Enfin, pour impliquer le consommateur et le citoyen, Eco-emballages effectue tout un travail de sensibilisation et de pédagogie pour inciter la population à trier et à bien trier. Si l’on note une vraie prise de conscience de l’importance du tri chez les citoyens qui déclarent à 84% trier régulièrement leurs déchets, le taux de 75% d’ordures ménagères triées, objectif du Grenelle de l’Environnement, n’est pas atteint avec un score de 67%. C’est toutefois une belle progression par rapport à 1992 où seules 18% des ordures ménagères étaient triées et cela équivaut à une économie de 2MT de CO2, c’est-à-dire à 1M de voiture par an qui resteraient au parking. Les gros efforts paraissent de plus en plus de petits gestes, signe d’une évolution et d’un bénéfice sociétal.

En collaboration avec ces différents acteurs, Eco-emballages poursuit deux volets stratégiques complémentaires.

Le premier concerne l’extension des consignes de tri avec la mise en place d’une expérimentation. Cette expérimentation poursuit 4 objectifs : faire en sorte que les français trient davantage et mieux ; optimiser les services de collecte de tri ; augmenter la part du gisement susceptible d’être recyclé afin de créer de nouveaux flux ; et enfin, garantir le recyclage et les débouchés économiques de la filière. Sur ce dernier point, on peut prendre l’exemple su secteur de la cimenterie qui peut utiliser certains emballages en guise de combustible. L’opération a été mise en place selon trois phases de déploiement. De 2012 à 2014, elle concernait 51 collectivités et 5,7 M d’habitants. Puis de 2014 à 2016, elle concernera 16M d’habitants. Et enfin, à horizon 2022, l’extension sera déployée sur tout l’hexagone.

Le second volet concerne l’optimisation de la collecte pour améliorer les performances au niveau des territoires. Dans ce cadre, les efforts se concentrent en amont autour de l’amélioration de la recyclabilité avec trois objectifs principaux : préserver les fonctions et propriétés de l’emballage ; s’assurer que l’évolution au niveau de la conception est reproductible à toutes les catégories d’emballages et permettre le développement de filières de recyclage pérennes.

Pour cela plusieurs facteurs doivent être pris en compte. Premièrement, la nature du plastique utilisé et son appartenance à un flux majoritaire doit être prise en considération, de même que le caractère mono ou multi-matériaux ou multi-couches de l’emballage. En effet, les emballages composés de plusieurs matériaux sont difficilement repérables par les machines de tri. Au contraire, les emballages mono-résine plastiques améliorent le rendement matière du recyclage, sous réserve de proscrire les éléments métalliques. Deuxièmement, le choix d’additifs compatibles avec les débouchés existants est très important dans la mesure où  certains additifs peuvent fausser la lecture des matériaux et modifier les qualités intrinsèques de la matière requise pour assurer son recyclage. Troisièmement et pour finir, les barquettes de couleur noire, nombreuses sur le marché, ne sont pas détectables par les machines de tri.

Eco-Emballages a lancé plusieurs appels à projets afin d’optimiser la recyclabilité des emballages, élément pesant de plus en plus dans la perception de la marque chez les consommateurs.

Des initiatives variées

Le Livre Vert de l’ANIA : gérer les emballages et leur fin de vie

Dans le cadre de la COP21, l’ANIA, à travers son Livre Vert des Industries Agroalimentaires, a répertorié plusieurs bonnes pratiques de la part des industriels visant à gérer les emballages et leur fin de vie, sachant que dans certains secteurs comme celui des boissons, les emballages peuvent représenter jusqu’à 50 % des émissions de Gaz à effet de serre. Ces initiatives portent sur l’éco-conception des emballages, l’utilisation de matériaux recyclés et bio-sourcés, la contribution aux filières de recyclage, l’optimisation des emballages de transport et l’information et la sensibilisation des consommateurs au geste de tri, a expliqué Carole Fonta, Directrice du Développement Durable de l’ANIA.

 

Nutripack ou la création d’une filière de recyclage de barquettes pour restauration collective

Nutripack a mis en place d’une filière de recyclage de barquettes destinées à la restauration collective dans des hôpitaux, écoles, mairies… explique Martine Lamarénie, Directrice Marketing de l’entreprise.

Cette opération a eu un impact d’autant plus important que, dans ce type de restauration, ce sont les citoyens, voire les électeurs qui consomment et qui jugent donc, à travers leur propre acte de consommation, de l’engagement sociétal de la collectivité. Par ailleurs, la restauration collective est un marché captif et facile à suivre.

Au préalable, cette opération a nécessité de se poser plusieurs questions et d’effectuer une analyse du cycle de vie du produit pour arbitrer entre la création d’une filière de recyclage et le retour aux contenants en inox.

Au final, la création d’une filière de recyclage qui ne génère pas de coûts supplémentaires permet de retransformer les barquettes alimentaires en granulés pour la production d’autres produits mais pas à contact alimentaire (pots de fleurs entre autre) qui sont adressés aux collectivités. Un triple impact pour cette initiative qui agit pour l’environnement, implique les collectivités et sensibilise les citoyens.

Les efforts actuels de la société se concentrent sur la recherche d’une solution visant à éviter le dérochage (nettoyage sommaire des barquettes sales) avant collecte, avec par exemple l’introduction d’un film biodégradable.

 

Coca-Cola Entreprise mise sur l’économie circulaire à vocation pédagogique

Coca-Cola Entreprise, dans sa « démarche emballage », poursuit plusieurs objectifs, a expliqué Arnaud Rolland, Responsable Développement Durable et RSE.

Il s’agit tout d’abord de privilégier l’éco-conception afin de réduire d’un quart les matériaux d’emballage utilisés. Il s’agit ensuite d’atteindre le plus haut niveau de Matières Premières de Recyclage sur l’ensemble des matériaux verre, alu, plastique. Il s’agit enfin d’avoir une action pédagogique auprès des consommateurs.

Coca cola s’est alors associé avec Plastipak Packaging et a investi dans une unité de production d’emballage à Grigny et le développement d’une filière de recyclage du plastique. Derrière ce projet, une vocation pédagogique qui est de sensibiliser les jeunes générations au recyclage en leur faisant vive l’expérience de l’économie circulaire et en diffusant de bonnes pratiques. En France, on ne récupère que la moitié des bouteilles en plastique. Or derrière un geste de tri simple, c’est toute une chaîne industrielle qui fonctionne.

 

Vegeplast ou le choix du bio-sourcé

Vegeplast a développé une solution Made in France de bio-plastique bio-sourcé, biodégradable ou compostable fabriqué par une usine à la norme ISO 22000.

Les matières bio-sourcées sont transformées en granulés puis en thermoplastique pour différentes usages : alimentaire (capsules compatibles Nespresso, barquettes micro-ondables et résistantes au froid, emballages permettant une barrière oxygène avec de bonnes propriétés de conservation), Défense (liens de parachutes qui atterrissent dans la nature), sport, veilleuses pour Lourdes.

Ce marché reste toutefois une niche par rapport au pétro plastique, qui est 3 fois moins cher.

 

McCain, dans une démarche de progrès

MacCain a développé des emballages de frites en incorporant dans ces emballages 50% de matière bio-sourcées provenant de la canne à sucre. Mais cette solution n’est pas totalement satisfaisante parce que l’emballage, s’il est moins polluant, n’en est pas plus recyclable en raison de sa matière composite. Par ailleurs, il serait plus terne et plus fragile, les frites surgelées ayant de nombreuses arrêtes saillantes.

L’entreprise réfléchit au développement d’un emballage qui serait issue de l’amidon, matière première de ses produits.

 

Breizpack : des emballages intelligents pour une meilleure sécurité alimentaire

Breizpack travaille sur des emballages intelligents qui offriraient une meilleure sécurité sanitaire, explique Thierry Varlet, Conseiller technique emballage.

Ces développements concernent plusieurs aspects : la mise en place de barrières sélectives capable de filtrer certains gaz, absorber ou relarguer certains gaz ou certaines odeurs ; l’utilisation d’actifs absorbeurs d’humidité, d’oxygène, d’éthylène, de CO2 ou d’odeurs ; la régulation sélective de l’atmosphère du produit ; l’ajout éventuel d’agents bactéricides ; l’utilisation de capteurs ou traceurs de fraîcheur, maturité… pour pouvoir tracer les ruptures ou indiquer une contamination, même passée ; l’utilisation de préparateurs, pour la cuisson du poulet dans un emballage, par exemple.

 

Le Centre Technique du Papier : une innovation anti-contrefaçon

L’avantage du papier est qu’il est bio-sourcé, recyclable et biodégradable. En revanche, il n’a pas de propriété de barrière, de transparence et résiste mal à l’humidité. Cela dit, c’est aussi un matériau d’emballage à partir duquel de nombreuses innovations voient le jour, a expliqué Delphine Ottenio, Responsable Matériaux Papiers-Cartons pour Contact Alimentaire.

Deux développements en cours concernent d’une part l’ajout de puces à l’intérieur des emballages pour pouvoir par exemple comptabiliser facilement les produits lors d’une livraison et d’autre part la sécurisation des emballages pour lutter contre la contrefaçon à partir d’étiquettes qui permettent d’authentifier un produit en changeant de couleurs.

 

Epoca Products : une gourde pour boisson énergisante adaptable sur des bidons permettant de boire alternativement de l’eau ou la boisson énergisante

Epoca Products, société belge a développé pour Aptonia (Décathlon) un système de gourdes de boissons énergisantes pour des « Double Use Bottles ». Ces bidons permettent alternativement de boire de l’eau ou une boisson énergisante a indiqué Michaël Pollet, Responsable commercial d'Epoca Products.

Pour cela, l’entreprise a dû relever trois défis en mettant au point une gourde compatible avec un usage alimentaire, protégeant la boisson énergisante de l’oxygène et des UV et avec un système anti-gaspillage évitant que les deux parois de la gourde ne se collent pour empêcher d’accéder au produit situé au-dessous.

Le résultat de cette collaboration qui répond à un besoin de praticité du consommateur sera mis sur le marché à l’automne 2016.

 

Cette revue des innovations n'est pas exhautive et nous serons heureux d'enrichir cet article au fil de l'eau.

Christelle Thouvenin pour WONDERFOODJOB.COM, site d'emploi-recrutement dans l'agroalimentaire