Commerce Equitable : pour l’égalité femmes-hommes

Commerce Equitable : pour l’égalité femmes-hommes

Des leviers pour émanciper les femmes agricultrices

Les femmes agricultrices du Nord et du Sud sont fortement discriminées. Leur travail est souvent colossal, invisible et gratuit. Elles sont sous-représentées dans les instances de gouvernance. Elles accèdent beaucoup moins facilement que les hommes au foncier et au crédit.

Comment utiliser les leviers du Commerce Equitable - qui porte en lui la promesse de la reconnaissance économique et sociale du travail accompli -  pour faire changer les lignes ? C’est le thème abordé par la Grande Conférence de la 18ème Quinzaine du Commerce Equitable organisée par Commerce Equitable France : « La juste rémunération des femmes, le vrai prix du progrès social », qui s’est tenue à l’Assemblée Nationale le 22 mai dernier. En voici les principaux développements.

 

 

La recherche de l’équité pour toutes et tous

Le Commerce Équitable (CE) est un partenariat commercial pérenne, fondé sur le dialogue, la transparence, le respect, la contractualisation, des circuits courts, un prix juste et une prime au développement. Ancré dans une démarche de Développement Durable, son objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial et d’améliorer, ce faisant, les conditions de vie des producteurs (revenus, formations, investissements techniques…) ; les droits humains (scolarisation, justice sociale, gouvernance…) et les pratiques environnementales.

Sur cette base, les organisations de Commerce Equitable se conforment à différents cahiers des charges avec partout une grande convergence avec la Bio.

Par ailleurs la notion d’équité du Commerce Equitable s’entend à deux niveaux. Elle concerne d'une part l'équité dans les relations commerciales producteurs / acheteurs. Elle concerne d'autre part l'équité entre tous les producteurs ; à savoir la reconnaissance de la valeur économique, sociale et environnementale des femmes aussi bien que de celle des hommes.

Un point très important alors que les femmes agricultrices sont très fortement discriminées partout dans le monde.

 

Les femmes : des productrices pas comme les autres

Travailler plus pour gagner rien

Alors que les femmes produisent plus de 50% de l’alimentation mondiale, elles ne détiennent que 13% des terres agricoles, qui ne représentent qu’1% des surfaces agricoles.

Au Nord comme au Sud, elles sont moins reconnues dans leur travail quand elles ne sont tout simplement pas invisibles, leur époux encaissant le fruit de leur labeur. Cumulant tâches ménagères, éducation des enfants, tâches administratives et travail de production, elles ont plus de difficultés à accéder à des revenus décents, aux crédits et au foncier.

Facteurs culturels et coûts des occasions perdues

Marc Dufumier, Agronome et Président de Commerce Equitable France précise que derrière ces faits, il faut savoir décrypter les facteurs culturels et « le coût des occasions perdues ». Dans beaucoup de pays, la division du travail agricole serait genrée sur des critères de pénibilité mais aussi sur des critères culturels et économiques : les hommes sont en charge des cultures de rente rémunératrices et les femmes ont à leur charge les cultures vivrières et le potager qui nourrit la famille. Mais les femmes priorisent l’aide qu’elles peuvent apporter aux hommes afin qu’ils retirent un meilleur revenu de leur activité. Elles vont donc réduire au minimum le temps passé sur leurs propres tâches pour aller aider leurs époux ; alors même qu’elles n’encaisseront pas elles-mêmes de contrepartie pour leur travail sur les cultures de rente.

Cette non reconnaissance se reflète aussi socialement dans les instances de gouvernance. Assata Doumbia, Présidente de la coopérative ivoirienne de cacao ECAM, indique que l’accès des femmes à des postes de gouvernance est très difficile, souvent soumis à l’autorisation du mari et jugé socialement.

Faire changer les mentalités et les pratiques est donc une nécessité pour promouvoir l’égalité femmes-hommes dans l’agriculture. Les organisations du CE peuvent être un acteur majeur de ce changement à un moment où le consommateur est particulièrement sensible aux enjeux de Développement Durable, à la rémunération des producteurs et au Commerce Equitable.

 

Le CE : une opportunité de promotion et d’action pour l’égalité femmes-hommes

  • Un marché en forte croissance

Le Commerce Equitable représente un chiffre d’affaires d’1 Md € en France et affiche une croissance annuelle à 2 chiffres depuis 4 ans. Le panier des français, majoritairement constitué de produit alimentaires, comprend 718 M € de produits du Sud et 323 M € de produits français. Par ailleurs, 80% des produits équitables sont Bio, un marché qui explose.

Cette croissance traduit des choix de consommation plus responsables. Ce faisant, elle légitimise les leviers mis en place par la filière pour un traitement équitable des femmes. L’équité devient un critère de financement des projets et d’achat des produits ; et donc la mise en place des changements devient une question de pérennité économique à l’échelle des communautés.

  • 3 leviers d’action

Plus de femmes

Les organisations de CE revendiquent un meilleur accès des femmes aux filières de CE et à la gouvernance des organisations.

Pour ce faire, il est nécessaire de faire comprendre l’intérêt que ce progrès économique et social représente pour les communautés et de faire bouger des lignes culturelles installées depuis des millénaires. Assata Doumbia, Présidente de la coopérative ivoirienne de cacao ECAM raconte combien elle a dû se battre pour prendre la parole et s’investir dans la gouvernance de son association, devant essuyer le mépris masculin, l’incompréhension et le jugement social sur sa décision de retarder une maternité.

Plus d’égalité

Le deuxième levier est la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes pour accéder à la propriété des terres.

Là aussi, de nombreux freins culturels entrent en jeu. Par exemple Assata Doumbia indique qu’elle se bât pour que les femmes puissent hériter de leurs maris et ne soient pas complètement « zappées » des héritages car dans certaines ethnies les hommes lèguent les terres à leurs neveux.

Plus d’impacts positifs

Enfin, le troisième levier est que les fruits du CE soient utilisées pour rémunérer justement, former et aider les femmes à investir dans leurs projets. Des actions concrètes qui permettent de reconnaître le travail effectué et de donner aux femmes un vrai statut économique et social qui au final portera ses bénéfices sur toute la communauté.

Dans cette optique, de nombreuses organisations ont mis en place à destination des femmes des programmes de formations pour développer de nouveaux produits ou améliorer la qualité des produits, des associations d'échange et d'entraide, des micro-crédits pour qu’elles puissent entreprendre.

Enfin, Odile Conchou, Responsable de la Cellule Lien Social, Genre, Sport et Développement à l'Agence Française de Développement rappelle que les diligences des bailleurs de fonds en matière d'équité sont aussi une incitation forte à faire respecter l’égalité entre femmes et hommes dans l’agriculture.

 

A l’heure où les discussions sur le Pacte Alimentaire sont en cours en France et où de plus en plus de consommateurs sont prêts à payer plus cher un produit pour offrir des conditions descentes aux producteurs, l'équité ne doit plus être réservée aux hommes !

 

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Christelle Thouvenin pour Wonderfoodjob