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Une sucette électronique capable de reproduire tous les goûts !

Publié le 3 mai 2021

Le goût, c’est la culture, l’émotion, la Madeleine de Proust… Proposer une expérience gustative virtuelle ? Voilà l’objectif de Norimaki Synthesizer. La sucette électronique permet de reproduire tous les goûts en combinant cinq saveurs de base.

Une sucette électronique : 5 saveurs pour reproduire les goûts

L’appareil ressemble aux sucettes ou glaces pousse-pousse ! Mais la ressemblance s’arrête là ! La forme cylindrique en cuivre conducteur imite à son extrémité un gros sushi entouré d’algue – d’où le nom « Norimaki ».

Cette sucette délivre ainsi à son utilisateur, directement sur la langue, n’importe quel goût. Pour ce faire, le système combine l’électricité avec 5 gels différents constitués d’électrolytes dissouts. Par exemple, la saveur amère se compose de chlorure de magnésium. Pour le goût sucré, c’est de la glycine qui est utilisée. Le goût acide est fait à partir d’acide citrique. Puis, le chlorure de sodium sert à reproduire le goût salé. Enfin, le goût umami, qui correspond au goût de la viande fumée et des crustacés, est réalisé à partir de glutamate de sodium.

Ainsi, en modulant les résistances, il est possible de modifier les quantités de chaque saveur déposée sur la langue et donc de recréer à souhait tous les goûts. Le prototype créé par le Professeur Homei Miyashita de l’Université de Meiji  pourrait avoir de nombreuses applications.

Sucette électronique gustative : quelles applications ?

Les divertissements immersifs utilisant le goût

Pour commencer, on pense évidemment aux expériences immersives autour d’activités de divertissement. Par exemple, le cinéma 4D avec son 360°, sièges qui bougent, vent, pluie et odeurs… pourrait aussi s’enrichir du goût grâce à cette innovation. Le héros mange une pizza ? Les spectateurs mangent avec lui (et sans bruit de mastication ou de papier d’emballage…) ! Les candidats d’un concours culinaire télévisé feraient goûter leurs créations aux téléspectateurs. On peut aussi imaginer des blind tests pour retrouver à quoi correspond une saveur… Et sans doute quantité d’autres applications récréatives.

Tester un produit ou un marché auprès des consommateurs

Par ailleurs, d’un point de vue R&D et marketing, l’innovation pourrait aussi avoir de l’intérêt pour l’industrie agroalimentaire. Tout d’abords, elle permettrait de faire tester des goûts de produits en développement à des populations plus large. Ensuite, pourquoi ne pas imaginer un système d’objet connecté qui permettrait de goûter virtuellement un produit lorsque sa publicité passe à la télévision ?… Ou bien lorsque que l’on hésite entre plusieurs produits dans les rayons d’un supermarché ? De plus, il serait possible de faire tester des produits auxquels certains consommateurs ne sont pas habitués et de lever ainsi des freins culturels. De transformer en quelque sorte les dégoûts en goûts. La glace aux nouilles, finalement, ça passe ! Les insectes, finalement, c’est pas si mauvais !

Réguler certains troubles alimentaires ?

Quid des personnes avec des troubles alimentaires ? La sucette pourrait-elle trouver des applications dans ce domaine pour aider à réguler certaines pulsions sans prise de poids ?

Former les palais ?

Enfin, cette innovation pourrait-elle aussi servir en matière de formation ou d’expertise ? On pense par exemple à des domaines où il est nécessaire de se faire un palais avec une bibliothèque de goûts bien mémorisés. Par exemple dans le domaine du vin, du café, du chocolat, du thé … ?

L’expérience alimentaire virtuelle : des limites organoleptiques et éthiques ?  

Prudence toutefois ! L’expérience d’un produit ne se fait pas uniquement par le dépôt d’une substance sur la langue. Elle inclut aussi le toucher, la vue, l’ouïe et l’odorat qui est d’ailleurs 80% du goût. Mais aussi le contexte. Donc les applications dans tous ces champs devront sans doute se faire avec précaution. Par exemple l’expérience de chips sans le croustillant n’est pas complète. De même que celle d’un met qui inclurait différentes textures… Ou des contrastes de couleurs et de saveurs dus à la superposition de couches d’ingrédients. Ainsi, si Norimaki Synthesizer peut contribuer à une expérience plus complète dans le cadre d’un divertissement, il n’offre sans doute qu’une expérience partielle ou dénuée d’une part d’émotion dans d’autres applications.

Sur ce thème de l’expérience gustative virtuelle Project Nourished est allé plus loin. En effet, Project Nourished propose des casques virtuels, diffuseurs d’odeurs et équipements permettant de simuler la texture en bouche d’un produit. Le projet utilise un cube insipide à base d’algues qui peut ainsi se transformer dans la tête du mangeur en steak ou tarte tatin selon les réglages choisis…

Mais, la question éthique de la manipulation des sens peut toutefois se poser. De surcroît, la réalité virtuelle créée dans la tête du mangeur ne tendrait-elle pas à le déconnecter des produits physiques et du système qui les élabore… Système dont il fait partie ? La question peut se poser dans la mesure où systèmes alimentaires et modes de production sont au cœur de la nécessaire transition alimentaire et de la lutte contre le réchauffement climatique dans laquelle l’implication de chacun est nécessaire.  

A suivre…

Image : copie d’écran

Christelle Thouvenin pour Wonderfoodjob