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Société à Mission : comment transformer son entreprise ?

Publié le 15 octobre 2021

Modifié le 20 octobre 2021

Comment travailler à un monde plus durable ? Comment transformer son entreprise en Société à Mission ? Raphael Haddad, fondateur et dirigeant de Mots-Clés a donné quelques conseils pour se lancer dans cette démarche, lors d’un webinaire de BIG animé par Thomas Bastin, Responsable d’études au Think Tank de Bpifrance. Il s’appuie sur le guide qu’il a produit en partenariat avec Le Lab Bpifrance : « Entreprise à mission : le guide complet à destination des dirigeants des ETI et PME » . Revenons d’abord sur la loi PACTE avant de voir comment s’y prendre pour transformer son organisation en Entreprise ou Société à Mission.

Raison d’Etre et Société à Mission : deux “outils” issus de la loi PACTE de mai 2019

La loi PACTE : des enjeux sociétaux et environnementaux dans les statuts de l’entreprise

La loi PACTE est issue du Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises (PACTE). Promulguée le 22 mai 2019, elle vise à lever les obstacles à la croissance des entreprises, à toutes les étapes de leur développement : de leur création jusqu’à leur transmission, en passant par leur financement. De plus, la loi PACTE reconnaît également les autres dimensions que la dimension économique des entreprises au sein de la société. Dans cette veine, elle permet aux organisations de mieux prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux dans leur stratégie.

Pour ce faire, la loi PACTE offre aux entreprises deux « outils » structurants : la Raison d’Etre et la Société à Mission. Au-delà, d’une démarche de Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE) parfois évolutive, opportuniste ou maladroitement communiquée, la Raison d’Etre et la Société à Mission sont ancrées dans les statuts de l’entreprise, en plus de son objet économique. On installe donc, de manière juridique, un objet social et environnemental sur du très long terme pour des organisations à vocation économique.

Raison d’Etre et Société à Mission : quelles différences ?

Mais quelle est la différence entre la Raison d’Etre et la Société ou l’Entreprise à Mission ?

La Raison d’Etre, tout d’abord est l’expression de la prise en compte d’enjeux sociaux et environnementaux en lien avec l’activité de l’entreprise. Elle peut être inscrite dans les  statuts de l’entreprise ou de la société, quel que soit le statut juridique de l’organisation.

La qualité de Société à Mission, ensuite, témoigne d’un pas de plus dans la démarche. En effet, il s’agit d’une entreprise ou d’une société qui s’est dotée d’une Raison d’Etre. Mais à cette dernière s’ajoutent des objectifs de missions concrets et une gouvernance.

Raison d’Etre et qualité de Société à Mission irriguent les stratégies de long terme de l’organisation, quel que soit son statut juridique.  Elles précisent et orientent le mandat du dirigeant.

Société à Mission : un mouvement naissant qui s’accélère

A ce jour, sur les 150 000 PME et ETI françaises, on enregistre 257 Sociétés ou Entreprises à Mission. Cependant, le développement est rapide. Selon une enquête menée par Bpifrance Le Lab, 15 % des PME souhaitent inscrire une Raison d’Etre dans leurs statuts, ou l’ont déjà fait. Par ailleurs, 56% des Sociétés à Mission sont aujourd’hui des PME ou des ETI (40 % de microentreprises, et 4 % de grands groupes) selon l’Observatoire des Sociétés à Mission. Ce sont des chiffres encourageants sachant que le travail sur la Raison d’Etre peut nécessiter plusieurs mois avant d’aboutir.

Impacts, compétitivité commerciale et guerre des talents

Les motivations des entreprises et sociétés pour se doter d’une Raison d’Etre ou adopter une qualité de Société à Mission sont diverses. Il y a bien sûr la prise en compte des enjeux sociétaux, environnementaux et climatiques dans lesquels chaque organisation a un rôle à jouer.

Néanmoins il y a aussi un véritable sujet au niveau de la compétitivité. Vis-à-vis des clients, des citoyens, des parties prenantes, tous plus exigeants, tout d’abord. Mais aussi vis-à-vis des talents : les salariés et les jeunes générations prennent davantage en considération l’impact sociétal et environnemental des entreprises dans leurs choix de carrière. D’ailleurs, le réchauffement climatique et l’égalité femmes-hommes sont les premières préoccupations des moins de 25 ans. Nous l’avions évoqué dans notre étude « Dessine-moi l’entreprise agroalimentaire de demain ».

Enfin, c’est une démarche qui peut aussi impacter favorablement l’accès à des financements, même si elle ne donne pas droit à des avantages fiscaux.

Comment aborder cette démarche transformante ?

Raison d’Etre : une formulation au cœur du business

Mais comment s’y prendre pour formuler sa Raison d’Etre et déclarer une qualité de Société ou Entreprise à Mission ?

C’est en réalité un processus assez long d’écoute et de retranscription des propos des parties-prenantes de l’organisation pour trouver un dénominateur commun. Contrairement à la RSE, la Raison d’Etre reste toujours au cœur de l’activité économique. Sa formulation doit comprendre des verbes d’action. Par ailleurs, elle doit être synthétique, avec tous les risques que la synthèse peut comporter.

Ainsi, la démarche de formulation d’une Raison d’Etre peut prendre quelques mois et est en général transformante. En effet, l’écoute des parties prenantes permet de révéler les convergences et divergences cohabitants au sein de l’organisation. Elle permet de redécouvrir l’organisation à travers le regard des parties-prenantes.

Raison d’Etre, une formulation en trois étapes : Recueillir, Restituer, Retracer

Avant toute chose, la démarche de formulation de la Raison d’Etre doit être encadrée par deux niveaux de pilotage, l’un opérationnel et l’autre stratégique. Le cheminement est un processus de négociation sur les mots qui nécessite des compétences de négociateur. Dès le départ, il est également fortement conseillé d’y associer un conseil juridique. La démarche peut ainsi se structurer en 3 étapes qui dureront plusieurs mois.

Le recueil : écouter

La première étape est le recueil. Il s’agit de faire l’inventaire des aspirations de l’entreprise. Pour ce faire, l’on recueille la parole des dépositaires de la vision de l’organisation : dirigeants, talents, actionnaires, clients … Ce recueil peut se faire grâce à des interviews enregistrées et des questionnaires en ligne. Il est conseillé de bien prendre le temps nécessaire pour mener à bien cette phase d’écoute.

La restitution : trouver le dénominateur commun dans les aspirations exprimées

La deuxième étape est une étape de restitution, de tri et de priorisation. Elle consiste à restituer les aspirations et retracer le chemin exprimé de manière impressionniste par les différentes personnes interrogées. Ce faisant, on cherche le dénominateur commun. C’est donc un véritable processus de négociation sur les mots qui se met en marche. On ne peut pas mettre tout le monde d’accord, mais il faut trier ce qui réunit et ce qui partage. Dans ce contexte, une approche contrastive peut aider à trouver le bon dosage des mots. Cela consiste à opposer une formulation consensuelle et polie ; à une approche volontairement pirate qui escamote la première et prend un parti-pris plus original. En général la restitution se fait sur 2 ou 3 séances, pas plus.

La réalisation : formaliser et rendre la Raison d’Etre opérante

La troisième étape est la réalisation. Elle consiste à acter la Raison d’Etre. Cela implique plusieurs choses. Tout d’abord, la faire connaître en interne, puis à l’externe de l’entreprise via un protocole de communication précis. Ensuite la faire inscrire dans les statuts. Enfin à la rendre concrète et la transformer en actes en réunissant un Comité de Raison d’Etre ou un Comité de Mission pour anticiper sur l’étape suivante : l’adoption de la qualité de Société à Mission.

Les risques, écueils et coûts de la démarche

Le risque réputationnel et le risque de crise sociale

Les démarches de formulation de la Raison d’Etre et d’inscription comme Entreprise/Société à Mission, comme tout processus de transformation, peuvent avoir des impacts importants. Les principaux risques associés à cette démarches sont le risque réputationnel et le risque de crise sociale, notamment quand les actes et les mots sont trop éloignés. N’oublions pas qu’il s’agit d’un travail stratégique ! On lève potentiellement le couvercle d’une cocotte-minute qui peut révéler des divergences importantes.

Ecueils : catimini, effet mode et compromis

Par ailleurs, si la démarche séduit, elle comporte aussi plusieurs écueils.

Le premier est le passage en force et en catimini de la Raison d’Etre. Il s’agit de formaliser sur un coin de table de la DG la Raison d’Etre et de la faire voter à l’AG suivante. Or, la vocation du processus est d’être collaboratif et fédérateur.  

Le deuxième écueil est celui de l’effet mode. C’est par exemple le cas de l’entreprise qui ferait son grand soir écologique avec une prise de conscience trop récente.

Le troisième écueil est celui du compromis. Il se traduit par une formulation trop générique ou à rallonge pour contenter tout le monde et n’est pas réellement engageant.

Coûts, temps et ressources

Pour finir, la démarche requiert du temps et de la disponibilité. Un temps incompressible est nécessaire à toute transformation, d’autant plus que les transformations s’opèrent à la fois au niveau de l’organisation et des participants au projet. De plus, le processus mobilise plusieurs ressources : les personnes en charge de mener ce projet, les interviewés, la gouvernance, les différentes parties prenantes de l’entreprise…

En revanche la démarche est assez abordable financièrement. Il faut compter quelques milliers d’euros pour les petites organisations en coût de conseil juridique. S’ajoute à cela le coût d’un audit en charge de contrôler la démarche. Les coûts dépendent de la taille de l’entreprise.

Quelques exemples de Raisons d’Etre de Sociétés à Mission

Finissons par quelques exemples de Raisons d’Etre et d’objectifs de Sociétés à Mission du secteur agroalimentaire.

Thés de la Pagode (Thé), Société à Mission

Raison d’Etre : Mettre à disposition du public des produits alimentaires de qualité, respectueux de l’environnement.

Objectifs : Maintenir et augmenter la part des produits issus du commerce équitable, de développement durable et de l’agriculture biologique.

Alterfood Drinkyz (développement de marques alimentaires naturelles et Bio), Société à Mission

Raison d’Etre : La société se donne pour raison d’être et mission de développer des produits alimentaires responsables, des alternatives de consommation engagées pour le bien-être des consommateurs, bénéfiques pour la santé, traçables, n’utilisant aucune substance controversée, équitables dans leur process de fabrication et impliquées dans le respect de l’environnement.

Objectifs : Alterfood a pour mission de privilégier le local et le bio, autant que la traçabilité, la transparence et l’impact social. L’entreprise s’engage à rémunérer à leur juste valeur l’ensemble des partenaires de l’entreprise et particulièrement les producteurs impliqués dans l’approvisionnement des matières premières. Alterfood a pour mission de limiter les emballages et le plastique et s’engage pour une logistique écoresponsable. Alterfood a pour mission de lutter contre le gaspillage.

Deck and Donohue (Bières fines), Société à Mission

Raison d’Etre : Nous existons pour créer des expériences gustatives inspirantes, porteuses de sens et créatrices de liens. Nous voulons que notre entreprise joue un rôle social et environnemental positif en valorisant des modes d’approvisionnement, de production et de consommation responsables et durable.

Objectifs : Nous voulons que notre entreprise joue un rôle social et environnemental positif en valorisant des modes d’approvisionnement, de production et de consommation responsables et durables :

  • Soutien à la transition agroécologique, valorisation des filières locales, empreinte environnementale de production minimisée  
  • Croissance partagée : transparence, formation, responsabilisation, partage de la valeur avec notre équipe
  • Promotion d’une consommation saine et responsable, génératrice de plaisir, de lien social et de questionnement
  • Travail de sensibilisation aux enjeux environnementaux et sociaux auprès de l’ensemble de notre écosystème

Pour de plus amples informations :

Image : copie d’écran – Raphael Haddad, Fondateur et Dirigeant de Mots-Clés et Thomas Bastin, Responsable d’études au Think Tank de Bpifrance

Christelle Thouvenin pour Wonderfoodjob